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La particule de Dieu ? En aucun cas !

Difficile d’être passé à côté de la découverte du boson de Higgs depuis environ un mois.

Partucule de Dieu

Dans un souci de précision, ajoutons qu’il ne s’agit en fait nullement d’une découverte, dans le sens d’une invention scientifique, mais de la confirmation que cette particule élémentaire existe. M. Higgs et deux de ses collègues physiciens en avaient postulé l’existence dès les années 1960. Comme bien d’autres de ces comparses, ce boson jouit enfin d’une double existence. D’une part en tant qu’objet mathématique, fruit de l’intelligence et de la curiosité humaines, et d’autre part comme élément constituant de ce que nous appelons l’univers.

Je préfère utiliser le terme de monde plutôt que d’univers, car il me semble qu’il renvoie à cette double réalité qui concilie la nature telle qu’elle est et l’idée que s’en font les hommes. En effet, pour aboutir à la détection du boson de Higgs, il a fallu toute une filiation de la pensée humaine depuis la Grèce antique. Sans l’intuition d’un courant philosophique vieux de plus de deux mille ans, qui postula que la nature se réduit à des éléments insécables (la fameuse idée de l’atome), des milliers de physiciens ne se seraient pas blanchi la tignasse à coups de raisonnements théoriques et d’expérimentations physiques.

L’admirable dans cette histoire, est que le génie humain arrive à concevoir des réalités qui lui restent cachées, le temps de les appréhender moyennant l’expérimentation qui au fond n’est que le prolongement de nos sens. Ce que nous ne pouvons voir, toucher, sentir ou peser de prime abord, nous pouvons l’imaginer, le prouver intellectuellement, jusqu’à ce que l’expérimentation ou une théorie contradictoire, l’infirme ou le confirme.

« Peser », c’est le mot clé de l’histoire en quelque sorte. Car ce que nous constatons intuitivement tous les jours, à savoir que les objets ont un poids, donc une masse, la physique ne pouvait l’expliquer. Le boson de Higgs ne change en fait rien à la physique telle qu’elle est enseignée à l’école : la construction théorique qui fait consensus depuis MM Einstein (l’infiniment grand) et Planck (l’infiniment petit), le fameux « modèle standard ». Précisons en passant que le modèle standard souffre à ce jour d’une lacune, que dis-je, d’un gouffre encore insondable, à savoir l’incompatibilité entre le monde de Planck et celui d’Einstein. Mais revenons à notre boson dont le mérite est justement de consolider le modèle standard. Son monde est celui de l’infiniment petit, à l’intérieur de l’atome. Des particules élémentaires, comme des protons ou des neutrons (mais il y en a d’autres !) y interagissent en permanence. Et bien, le boson de Higgs en fait partie. Sa particularité est de conférer une masse aux autres particules lorsqu’elles interagissent. Un physicien a utilisé dans le Nouvel Observateur une image facile à comprendre pour le profane que je suis. Imaginons que les particules fassent du ski (à l’intérieur de l’atome), mais avec des skis à tel point glissants qu’ils n’opposent aucune résistance. Elles fileraient donc à la vitesse de la lumière, ce qui revient à dire qu’elles n’auraient pas de masse. Dans ce tableau, le boson de Higgs fait office de manteau neigeux (on parle aussi de champ de Higgs). Il produit donc du frottement, ce qui confère une masse aux autres particules.

Et Dieu dans tout ça. Il n’y joue aucun rôle, comme d’habitude. La presse a parlé de la particule ultime, celle qui expliquerait l’architecture de l’univers, d’où l’analogie. Mais ce n’est là qu’un abus de langage. L’homme n’a pas besoin de Dieu pour se forger son propre monde. D’ailleurs, nous n’avons aucune certitude que le modèle standard rende compte de la réalité. Des théories rivales existent, quoi que moins abouties. La jonction entre l’infiniment grand et l’infiniment petit n’est pas faite. Par exemple, le monde de Planck ne dit rien sur la gravité. Le boson de Higgs n’est donc pas l’horizon ultime du monde. Les cogitations théoriques continueront et entraineront de nouvelles expérimentations.

Petit clin d’oeil :

Article modifié le mercredi 25 juillet 2012, 11:56

Auteur: Abilio Machado

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