J'y croyais pas... mais on peut survivre à une semaine à l'hôpital
Publié le mercredi 28 décembre 2011, 08:50 - J'y croyais pas... - Lien permanent
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Et ce, même si on partage sa chambre avec la grand-mère de E.T., que les infirmières sont impolies et semblent avoir suivi une formation dans un lazaret pendant la guerre ‘14-‘18, qu’on vous expulse brutalement de votre lit à 6h30, juste pour changer les draps, que le fumoir est dehors, vraiment dehors, quatre étages plus bas et que la cafétéria est fermée aux heures auxquelles vos amis et collègues “actifs” viennent vous rendre visite.
Et pourquoi tout ça? Sur conseil avisé, vous vous rendez aux urgences, une multitude d’analyses, d’examens de questionnaires et quelques heures plus tard, on vous annonce: “Vous restez ici, comptez une semaine.” Pardon?! Panique: téléphone presque à plat, rendez-vous professionnels à annuler, prévenir qui, comment, quand, voiture au parking payant, pas de trousse, pyjama, besoin de quoi, jamais été à l’hôpital…au secours! Vous négociez un petit aller-retour maison-admissions et oubliez évidemment l’essentiel, les boules-Quies: erreur fatale!
Allez, check-in: chambre double avec votre futur co-hospitalisé en face. Lits, table, tout en face à face et télé à 75 € installée à une hauteur à vous briser la nuque. Tiens, ça me rappelle de prendre ma carte à la caisse médico-chirurgicale! Et puis vous attendez…loooongtemps!
Pour ma part j’ai vite regretté cette chambre silencieuse et vide! Deux dames parfumées de manière nauséabonde entrent: “Je pensais être seule dans la chambre!”. Bon, merci, moi aussi… . “Je l’avais pourtant demandé!”. Oui, moi aussi. Je comprends vite avec laquelle de ces deux charmantes bourgeoises je partagerai “ma” chambre; elle marche bizarrement et radote sans cesse tout en me fixant. Fiesta!
Je croise une infirmière: “Mademoiselle, il y a un endroit où on peut fumer ici?”. Elle m’indique le chemin vers… une sorte de cour intérieure, dehors, avec deux ravissants bancs posés dans les années ‘80 on dirait, deux cendriers dégoûtants et un florilège de personnages l’un plus stéréotypé que l’autre: “Tu sais, si tu as bu, ça ne sert à rien de prendre du chewing-gum, l’odeur vient de l’estomac, mange un Snickers ou un Bounty plutôt.”. Tiens, bon à savoir. ” Ah, je viens de me laver les cheveux, j’ai encore les bigoudis, c’est en train de sécher. Ben oui, déjà avec l’alcool, il faut au moins avoir l’air convenable!”. En effet, un bon coma éthylique, c’est beaucoup plus “class” quand on est bien coiffé et qu’on a les ongles vernis, n’est-ce pas Sue-Ellen?
Premier “Kaffi”. Sachez, pour ceux qui n’ont jamais été hospitalisés, que tout tourne autour du “Kaffi”, expression qui englobe le petit-déjeuner, le déjeuner de midi et le repas du “soir” (17h30). Fin du temps de visite à 19h30. Put***, qu’est-ce que je vais faire toute la soirée avec cette chose en face de moi qui n’arrête pas de me regarder fixement tout en radotant, marmonnant, tentant de se lever, chipotant au téléphone qui ne marche pas…un spectacle assez lamentable et très bruyant. J’apprendrai par la suite que Madame a une maladie dégénérative, mais pour l’instant, mon seuil de tolérance est au plus bas. L’infirmière demande si je veux un cachet pour dormir. Ben non, pourquoi? Deuxième erreur fatale (oui, je sais qu’on ne peut mourir qu’une fois…). “Et il faut rester à jeun à partir de minuit, plus manger, plus boire, plus fumer.” Pas de problème à priori…de minuit à 6h30, ça devrait aller me dis-je.
Après une nuit sans sommeil grâce à E.T., je me fais donc expulser de mon lit, oh surprise, à 7h00. “Le médecin arrive vers midi.” Quoi, ne rien boire jusqu’à midi? 12 heures sans une goutte d’eau?? “Donnez-moi quelque chose pour que je puisse dormir, je l’avalerai avec une toute petite gorgée d’eau, promis!” Le “Kaffi” arrive, je n’y ai pas droit de toute façon, alors je me rendors jusqu’à la délivrance par le médecin “Mais vous auriez pu boire de l’eau jusqu’à deux heures avant l’analyse.” Aaaaarghhhh!
Suit une interminable après-midi avec E.T. qui n’arrête pas de vouloir me raconter sa vie, alors que j’ai un casque bien visible sur les oreilles, celui de la “télé torticolis”, et les genoux pliés devant moi pour échapper à sa vue. Oui, je suis horrible, un monstre, c’est triste, elle est sûrement seule, mais mon seuil de tolérance a encore baissé d’un cran, s’approchant dangereusement de zéro! Limite en dessous quand la chose s’approche de moi pour inspecter mon téléphone sur lequel je tapote massivement et avec lequel je n’ai pas manqué de filmer la bête, histoire d’avoir un mauvais souvenir en plus.
Ah, de la visite! Mais où aller? A 5 dans cette minuscule chambre, sans compter E.T., ça ne va pas être possible. Cafétéria fermée, alors on s’incruste dans la salle d’attente principale devant le distributeur de boissons. Chouette. En plus on se fait engueuler par un vigile hyper zélé pour une chaussure posée sur le siège. Quel drame!
Retour au bercail. Cette fois-ci je ne me ferai pas avoir, “un somnifère s’il vous plaît”. E.T. a pris le sien et dort sagement… jusqu’à ce qu’une infirmière rentre en tornade dans la chambre et beugle “Tout va bien ici?”. Merci!
Le lendemain matin, même rituel empreint de tendresse: paf, la porte, lumière, “debout”. 6h40. Il faudra s’occuper jusqu’à midi, visite, puis jusqu’à la prochaine à 18h00. Qu’une journée peut être longue… . En plus E.T., qu’une amie m’a conseillé d’appâter hors de la chambre avec des M&M’s (quelle bonne idée…!), vire Tatie Danielle. Je lui ai prêté mes magazines qu’il/elle lit dans la pénombre. J’allume la lumière pour que ça ne s’abime pas les yeux…”oui, les vôtres sont abimés de toute façon à force de regarder sur votre petit écran de téléphone”. Mais je vous emm****, Madame. Encore mieux: “Dites Mademoiselle, vous avez fumé dans la salle de bains? Ça sent la cigarette.”. “Non, je sors toujours dehors.”. “Marmonnage”. Et qu’est ce que je découvre le lendemain matin, flottant dans la cuve des WC, le petit aluminium qu’on enlève quand on ouvre un nouveau paquet de clopes, tiens, tiens. Elle fume en secret dans les chiottes et veut me faire porter le chapeau, ok ma vieille, si c’est comme ça… je vais cafeter auprès de l’infirmière.
Jeudi, vendredi…Groundhog day. Sauf qu’on a une nouvelle voisine qui pète les plombs, attachée à son lit et crie “allô” toutes les 15 secondes, un de mes visiteurs avait compté, et à longueur de journée. Encore une qui veut “téléphoner maison”?
Enfin la libération vendredi midi. A moins d’être mourante, plus jamais!
Article modifié le mercredi 28 décembre 2011, 09:27





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