Les pensées d’une «toubab» revenant de Mboro
Publié le mercredi 02 novembre 2011, 10:00 - Coups de chapeau - Lien permanent
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Est-ce que l’argent rend effectivement heureux? Une question considérée comme “existentielle” par bon nombre de contemporains…
A tous ceux qui sont à la recherche d’une réponse à cette question je dis : Allez donc voir à Mboro!!! Il s’agit d’une petite ville de quelques 12.000 habitants située à 100 km au Nord de Dakar. C’est dans cette ville que j’ai participé au projet “Rokku Mi Rokka”. La population y vit principalement de la pêche et de l’agriculture.
Afin d’élucider la réponse que j’ai trouvé au Sénégal, je commence par l’exemple plutôt banal des voitures:
Les voitures, moyen de locomotion favori des Européens et aussi trop souvent symbole par excellence de réussite sociale et de richesse, revêtent un tout autre caractère à Mboro. En effet, tous ceux qui en disposent les mettent en principe à disposition de leurs prochains moyennant un minuscule dédommagement pour ce service. Cet exemple illustre assez bien le fonctionnement de l’économie de Mboro comme nous allons le voir par la suite.
Chaque propriétaire d’une voiture est pour ainsi dire, en même temps chauffeur de taxi. Le concept du “car sharing”, lancé dans les pays occidentaux il y a quelques années, sans trop de succès à mon avis, est pour ainsi dire vécu depuis belle lurette et à 100% dans la région de Mboro.
Il est bien compréhensible qu’au début, les “chauffeurs de taxi” demandent un prix de transport plus élevé à la toubab qu’aux indigènes. Mais en considération du fait que j’ai très vite appris à mieux connaître et apprécier la mentalité et les coutumes de mes hôtes et vice-versa, il m’a été parfaitement possible de négocier le prix du trajet avec le chauffeur à l’instar de ce que font les indigènes.
Pourtant, à la vue du prix demandé (p.ex. 1 euro pour 15 km de route) qui peut paraître ridicule pour un Européen, j’ai eu très souvent mauvaise conscience en marchandant avec les indigènes de cette façon. Par la suite, j’ai appris que le marchandage fait partie des coutumes locales, et désirant m’intégrer au maximum dans la vie sociale des indigènes, j’ai suivi leur exemple et respecté leurs coutumes.
A mes yeux, adopter les coutumes des indigènes dans la mesure dans laquelle ils m’y autorisent, constitue un moyen d’intégration. Dans le cas contraire, nous risquons d’être considérés comme de simples touristes qui viennent avec leur fric et s’offrent d’une façon nonchalante tous les services à n’importe quel prix sans vraiment se préoccuper de la valeur réelle des services et objets échangés, et qui se comportent assez souvent comme des personnes qui se croient être placées au-dessus de la population indigène, voire comme des conquérants.
Inch Allah
N’étant de toute façon pas très matérialiste déjà à la base, ma conception de l’argent s’est confirmée à Mboro. En effet, pour certaines choses telles que l’amour réel, le bonheur, le temps, la confiance et l’espoir, il n’y a pas de prix et pourtant elles procurent une si agréable sensation.
Les Européens travaillent pour gagner de l’argent, ils n’ont plus beaucoup de temps pour les choses agréables de la vie. Très souvent, ils sont stressés voire déprimés et ne sont même plus à même de se consacrer de façon convenable à leurs enfants. A Mboro, j’ai connu une toute autre mentalité se traduisant dans l’expression « Inch Allah » (si Dieu le veut).
Les gens de Mboro ne se stressent pas, ils sont beaucoup plus chaleureux, ils adorent la vie, ils sont contents de ce qu’ils ont et ils sont prêts à aider le prochain qui se trouve dans le besoin. Bien sûr qu’ils travaillent lorsqu’il y a du boulot ou lorsqu’un voisin a besoin d’un coup de main, mais ils ont quand même un autre rythme de vie, ce qui a aussi à voir avec la chaleur parfois étouffante qui règne dans cette zone climatique.
Aussi la rémunération pour un service rendu ne consiste pas obligatoirement dans le paiement d’une certaine somme d’argent mais peut aussi bien se solder dans une invitation de celui qui a presté le service à la table familiale du “client” en vue de prendre le déjeuner ensemble. Comme nous l’avons vu pour le taxi, les marchés de troc sont encore très répandus dans la région de Mboro. “Rokku Mi Rokka”, “Give and Take”…
Malgré le fait que la population de Mboro n’ait pas beaucoup de biens, elle a le soleil dans le cœur, ce que j’ai remarqué dès mon arrivée lorsqu’une belle fête folklorique et originale a été organisée par nos hôtes en vue de nous souhaiter la bienvenue. Les gens de Mboro se prennent le temps de vivre, rire, danser, s’entraider et s’épauler.
A aucun moment je n’ai entendu des pronoms possessifs tels que “ma”, “mon”, “mes”; si tu as besoin d’un taxi, quelqu’un te conduit, si tu dois aller aux toilettes, quelqu’un te laisse entrer dans sa demeure sans penser que tu aies de mauvaises intentions. Telle est la mentalité des gens de Mboro comme je l’ai connue et dont je suis tombée amoureuse tout de suite, ce sentiment d’union, cette entraide entre les gens, leur amour de la vie, leur gaité et avant tout, le fait que les mots “matérialisme”, “égoïsme”, “avarice” et “jalousie” ne font pas du tout partie de leur vocabulaire.
Malgré le fait que les gens de Mboro ne disposent pour la plupart pas d’un accès au “WorldWideWeb”, fenêtre donnant accès au monde entier, ils ont fait preuve d’une ouverture d’esprit énorme rarement trouvée chez la plupart des spécimens européens ayant la possibilité de “surfer” sur le “www” pendant des heures. L’ouverture d’esprit et du cœur des gens de Mboro est tout simplement réelle et profonde, la nôtre, celle des Européens, se base malheureusement le plus souvent sur du technique, du synthétique et du superficiel, plus rien à voir avec la vie et les sentiments profonds et réels que j’ai connus à Mboro.
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50





Ca a l’air vachement cool là-bas :-) (à part le manque de PS3…)
Très bien l’article!