Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Les pensées d’une «toubab» revenant de Mboro

Est-ce que l’argent rend effec­ti­ve­ment heu­reux? Une ques­tion con­si­dé­rée comme “exis­ten­tielle” par bon nom­bre de con­tem­po­rains…

A tous ceux qui sont à la recher­che d’une réponse à cette ques­tion je dis : Allez donc voir à Mboro!!! Il s’agit d’une petite ville de quel­ques 12.000 habi­tants située à 100 km au Nord de Dakar. C’est dans cette ville que j’ai par­ti­cipé au pro­jet “Rokku Mi Rokka”. La popu­la­tion y vit prin­ci­pa­le­ment de la pêche et de l’agri­cul­ture.

Photo-Taxi.jpg

Afin d’élu­ci­der la réponse que j’ai trouvé au Séné­gal, je com­mence par l’exem­ple plu­tôt banal des voi­tu­res:

Les voi­tu­res, moyen de loco­mo­tion favori des Euro­péens et aussi trop sou­vent sym­bole par excel­lence de réus­site sociale et de richesse, revê­tent un tout autre carac­tère à Mboro. En effet, tous ceux qui en dis­po­sent les met­tent en prin­cipe à dis­po­si­tion de leurs pro­chains moyen­nant un minus­cule dédom­ma­ge­ment pour ce ser­vice. Cet exem­ple illus­tre assez bien le fonc­tion­ne­ment de l’éco­no­mie de Mboro comme nous allons le voir par la suite.

Cha­que pro­prié­taire d’une voi­ture est pour ainsi dire, en même temps chauf­feur de taxi. Le con­cept du “car sha­ring”, lancé dans les pays occi­den­taux il y a quel­ques années, sans trop de suc­cès à mon avis, est pour ainsi dire vécu depuis belle lurette et à 100% dans la région de Mboro.

Il est bien com­pré­hen­si­ble qu’au début, les “chauf­feurs de taxi” deman­dent un prix de trans­port plus élevé à la tou­bab qu’aux indi­gè­nes. Mais en con­si­dé­ra­tion du fait que j’ai très vite appris à mieux con­naî­tre et appré­cier la men­ta­lité et les cou­tu­mes de mes hôtes et vice-versa, il m’a été par­fai­te­ment pos­si­ble de négo­cier le prix du tra­jet avec le chauf­feur à l’ins­tar de ce que font les indi­gè­nes.

Pour­tant, à la vue du prix demandé (p.ex. 1 euro pour 15 km de route) qui peut paraî­tre ridi­cule pour un Euro­péen, j’ai eu très sou­vent mau­vaise cons­cience en mar­chan­dant avec les indi­gè­nes de cette façon. Par la suite, j’ai appris que le mar­chan­dage fait par­tie des cou­tu­mes loca­les, et dési­rant m’inté­grer au maxi­mum dans la vie sociale des indi­gè­nes, j’ai suivi leur exem­ple et res­pecté leurs cou­tu­mes.

A mes yeux, adop­ter les cou­tu­mes des indi­gè­nes dans la mesure dans laquelle ils m’y auto­ri­sent, cons­ti­tue un moyen d’inté­gra­tion. Dans le cas con­traire, nous ris­quons d’être con­si­dé­rés comme de sim­ples tou­ris­tes qui vien­nent avec leur fric et s’offrent d’une façon non­cha­lante tous les ser­vi­ces à n’importe quel prix sans vrai­ment se préoc­cu­per de la valeur réelle des ser­vi­ces et objets échan­gés, et qui se com­por­tent assez sou­vent comme des per­son­nes qui se croient être pla­cées au-des­sus de la popu­la­tion indi­gène, voire comme des con­qué­rants.

Inch Allah

N’étant de toute façon pas très maté­ria­liste déjà à la base, ma con­cep­tion de l’argent s’est con­fir­mée à Mboro. En effet, pour cer­tai­nes cho­ses tel­les que l’amour réel, le bon­heur, le temps, la con­fiance et l’espoir, il n’y a pas de prix et pour­tant elles pro­cu­rent une si agréa­ble sen­sa­tion.

Les Euro­péens tra­vaillent pour gagner de l’argent, ils n’ont plus beau­coup de temps pour les cho­ses agréa­bles de la vie. Très sou­vent, ils sont stres­sés voire dépri­més et ne sont même plus à même de se con­sa­crer de façon con­ve­na­ble à leurs enfants. A Mboro, j’ai connu une toute autre men­ta­lité se tra­dui­sant dans l’expres­sion « Inch Allah » (si Dieu le veut).

Les gens de Mboro ne se stres­sent pas, ils sont beau­coup plus cha­leu­reux, ils ado­rent la vie, ils sont con­tents de ce qu’ils ont et ils sont prêts à aider le pro­chain qui se trouve dans le besoin. Bien sûr qu’ils tra­vaillent lorsqu’il y a du bou­lot ou lorsqu’un voi­sin a besoin d’un coup de main, mais ils ont quand même un autre rythme de vie, ce qui a aussi à voir avec la cha­leur par­fois étouf­fante qui règne dans cette zone cli­ma­ti­que.

Aussi la rému­né­ra­tion pour un ser­vice rendu ne con­siste pas obli­ga­toi­re­ment dans le paie­ment d’une cer­taine somme d’argent mais peut aussi bien se sol­der dans une invi­ta­tion de celui qui a presté le ser­vice à la table fami­liale du “client” en vue de pren­dre le déjeu­ner ensem­ble. Comme nous l’avons vu pour le taxi, les mar­chés de troc sont encore très répan­dus dans la région de Mboro. “Rokku Mi Rokka”, “Give and Take”…

Mal­gré le fait que la popu­la­tion de Mboro n’ait pas beau­coup de biens, elle a le soleil dans le cœur, ce que j’ai remar­qué dès mon arri­vée lorsqu’une belle fête folk­lo­ri­que et ori­gi­nale a été orga­ni­sée par nos hôtes en vue de nous sou­hai­ter la bien­ve­nue. Les gens de Mboro se pren­nent le temps de vivre, rire, dan­ser, s’entrai­der et s’épau­ler.

A aucun moment je n’ai entendu des pro­noms pos­ses­sifs tels que “ma”, “mon”, “mes”; si tu as besoin d’un taxi, quelqu’un te con­duit, si tu dois aller aux toi­let­tes, quelqu’un te laisse entrer dans sa demeure sans pen­ser que tu aies de mau­vai­ses inten­tions. Telle est la men­ta­lité des gens de Mboro comme je l’ai con­nue et dont je suis tom­bée amou­reuse tout de suite, ce sen­ti­ment d’union, cette entraide entre les gens, leur amour de la vie, leur gaité et avant tout, le fait que les mots “maté­ria­lisme”, “égoïsme”, “ava­rice” et “jalou­sie” ne font pas du tout par­tie de leur voca­bu­laire.

Mal­gré le fait que les gens de Mboro ne dis­po­sent pour la plu­part pas d’un accès au “World­Wi­de­Web”, fenê­tre don­nant accès au monde entier, ils ont fait preuve d’une ouver­ture d’esprit énorme rare­ment trou­vée chez la plu­part des spé­ci­mens euro­péens ayant la pos­si­bi­lité de “sur­fer” sur le “www” pen­dant des heu­res. L’ouver­ture d’esprit et du cœur des gens de Mboro est tout sim­ple­ment réelle et pro­fonde, la nôtre, celle des Euro­péens, se base mal­heu­reu­se­ment le plus sou­vent sur du tech­ni­que, du syn­thé­ti­que et du super­fi­ciel, plus rien à voir avec la vie et les sen­ti­ments pro­fonds et réels que j’ai con­nus à Mboro.

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Fabienne Enzinger

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie


Steve ·  04 novembre 2011, 11:59

Ca a l’air vachement cool là-bas :-) (à part le manque de PS3…)

Très bien l’article!

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

aucune annexe



Voir aussi

IMG_1947.jpg

Migration et bénévolat

Le sémi­naire et la table ronde “Migra­tion et béné­vo­lat” orga­ni­sés par la Mai­son des asso­cia­tions le 6 et le 7 octo­bre ont attiré plu­sieurs par­ti­ci­pants dont des mem­bres de...

Lire la suite

Sandweiler

Yes we did it !!!

Nee nee nee, et huet weder eppes mat poli­tes­chen nach mat reliéise Wah­len ze dinn. Mäi Auto an ech si ganz ein­fach duerch d’Kon­troll­sta­tioun komm, och all­ge­meng Sand­wei­ler genannt, ob se zu...

Lire la suite