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Une salade laurentienne

La pre­mière jour­née du FIESS a été cou­ron­née par un coque­tel (comme on dit au Qué­bec) de bien­ve­nue, occa­sion pour le mil­lier de par­ti­ci­pants de se décon­trac­ter, après cette rude jour­née de mise en branle du Forum (sur­tout pour le béné­vo­les du FIESS, j’ima­gine), de se retrou­ver ou encore de faire con­nais­sance. Mais ne per­dons pas de vue l’essen­tiel : cette pre­mière jour­née fut con­sa­crée aux expé­rien­ces d’éco­no­mie soli­daire des peu­ples autoch­to­nes du Canada, au déve­lop­pe­ment des radios com­mu­nau­tai­res au Qué­bec et, last but not least, la con­tri­bu­tion de l’éco­no­mie soli­daire aux défis que pose le néces­saire chan­ge­ment de para­digme pour arri­ver enfin à un déve­lop­pe­ment qui soit dura­ble. On a déjà connu moins inté­res­sant comme pro­gramme.

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Il se sera encore temps d’entrer plus en détail sur le fonds du Forum. En atten­dant, je pro­fite de ces quel­ques lignes pour vous livrer quel­ques impres­sions sur Mont­réal. Je pour­suis donc ma visite pédes­tre de la métro­pole de la belle pro­vince. Curieux de décou­vrir le métro, je m’engouf­fre donc dans ce que je pense être une bou­che de métro. Celle de Vic­to­ria Square est une authen­ti­que bou­che pari­sienne, avec son fer forgé verdi. Au fond de l’esca­lier, je tombe sur un large cou­loir imma­culé à la lumière blan­che, pas d’usa­gers en vue. Tout est net, pro­pre, pres­que asep­tisé. Pas de publi­cité sur les murs. Plus loin, un pan­neau m’indi­que que je me trouve dans le plus grand réseau pié­ton­nier inté­rieur, sur­nommé la ville sou­ter­raine. J’appren­drai plus tard que ce sont ainsi 33 kilo­mè­tres de boyaux situés sous la ville et qui per­met­tent au mont­réa­lais d’attein­dre les points névral­gi­ques de la ville, sur­tout quand la tem­pé­ra­ture flirte avec les -20%. Sous le cen­tre-ville, ces sou­ter­rains sont de véri­ta­bles gale­ries com­mer­cia­les. On ima­gine les gens vacant l’hiver, à l’abri du bliz­zard, du métro vers leur tra­vail, puis faire les cour­ses sans voir la lumière du jour. Métro-bou­lot-boyau-dodo en quel­que sorte.

Mais pour­quoi est-elle donc lau­ren­tienne ma salade? D’abord parce que ce texte est une sim­ple com­pi­la­tion d’impres­sions sans ordre voulu, ensuite parce que Mont­réal est bordé par le St Lau­rent. Un sacré fleuve, cela nous change de la Moselle. On y arrive en lais­sant der­rière soi le Vieux Mont­réal ; on tra­verse une zone ouverte avant d’aper­ce­voir le port flu­vial un peu en amont et un grand pont en acier en aval. Le fleuve est très large, par­semé de quel­ques îles. On voit net­te­ment à sa sur­face de puis­sants cou­rants. Et le long des quais du port, des car­gos de haute mer…vous voyez bien qu’on est loin de la Moselle avec ses péni­ches.

Le Vieux Mont­réal nous fait pren­dre cons­cience que la métro­pole est née d’une agglo­mé­ra­tion véri­ta­ble­ment modeste et sur­tout qu’elle est jeune. Quel­ques mai­sons arbo­rent des pan­neaux genre « ici, s’est passé ceci ou cela, avec une date du 17e siè­cle ». C’est un petit quar­tier pas vrai­ment joli, com­plè­te­ment aban­donné, aux bou­ti­ques de sou­ve­nirs et aux res­tau­rants à tou­ris­tes. Des bâtis­ses de gra­nit plu­tôt modes­tes et sans grand inté­rêt archi­tec­tu­ral, d’un style bre­ton-irlan­dais (mais je ne m’y con­nais pas très bien). Le quar­tier fait très « comp­toir com­mer­cial »; on ima­gine des colons fai­sant com­merce avec des peaux de cas­tor et de la viande de cari­bou sur le débar­ca­dère du port… une vraie carte pos­tale… A pro­pos débar­ca­dère, sur­tout n’y garez pas votre voi­ture… « zone de débar­que­ment », c’est l’expres­sion uti­li­sée pour les place de sta­tion­ne­ment réser­vés aux livreurs. Les qué­bé­cois uti­li­sent plein d’expres­sions très chouet­tes qui vous obli­gent à mar­quer un coup d’arrêt, réflé­chir un peu avant de pas­ser votre che­min avec un sou­rire aux lèvres. Pré­ci­sion à l’atten­tion des amou­reux de la lan­gue fran­çaise, vous l’aurez com­pris… . Mais quit­tons le Vieux Mont­réal, avec sa halle au com­merce, son église néo-gothi­que, pas­sons vite devant la mai­rie et le palais de jus­tice, des cons­truc­tions impo­san­tes et moches avec des por­ti­ques à hau­tes colon­nes « façon ».

montre_al-001.jpg Tous les matins, je tra­verse Chi­na­town pour me ren­dre au FIESS. Quel­ques rues, en fait un pâté de mai­sons déli­mité aux qua­tre coins par des por­ti­ques chi­nois. Je n’ai pas été en Chine, mais on s’y croi­rait. Cha­que pas de porte est l’entrée d’une échoppe: du bric à bra­que élec­tro­ni­que, des épi­ce­ries odo­ran­tes, des salons de mas­sage et bien sûr des res­tau­rants. On y mange rapi­de­ment, pres­que sur le pouce. On ne com­prend rien à leurs plats et on a inté­rêt à savoir se ser­vir de baguet­tes. Je me suis aven­turé un soir dans un de ces res­tau­rants… une fon­due mon­go­lienne. On s’y serait cru dans un hall de gare (en beau­coup plus petit, tout de même), tant il y avait d’agi­ta­tion. Entre les ser­veurs qui pre­naient les com­man­des, ceux qui balayaient par terre et les clients qui allaient dans tous les sens pour récu­pé­rer les ingré­dients sur des fri­gos-étals, ce n’est pas le bon endroit pour dîner tran­quille­ment.

Dans le film Pulp Fic­tion, un des deux gang­sters qui a passé un temps à Amster­dam, dit au deuxième une bana­lité dans le genre « L’Europe c’est pareil que l’Amé­ri­que, sauf qu’il y a des dif­fé­ren­ces ». Pour en finir avec les res­tau­rants, chez un ita­lien, le gar­çon m’a dit que c’était un sans alcool, mais que je pou­vais ache­ter ma bou­teille dans le maga­sin en face. Et les bis­trots, de ceux où l’on s’arrête pour pren­dre un verre et par­ler un peu si l’ambiance est sympa… très dif­fi­cile à trou­ver. Par con­tre, on trouve à tous les coins de rue des endroits qui res­sem­blent davan­tage à des café­té­rias. On peut y ache­ter des sand­wichs, du café et du thé… à con­som­mer sur place ou à empor­ter, s’il vous plaît.

« Don’t poi­son us! », c’est le mes­sage que fait pas­ser la photo de deux ado­ra­bles bam­bins… sur les paquets de ciga­ret­tes. Fau­drait-il encore savoir où se pro­cu­rer ce poi­son à enfants. Ren­sei­gne­ments pris, il s’avère que la publi­cité sur le tabac est inter­dite depuis des années. En fait, des clo­pes, on en trouve un peu par­tout. Mais elles sont cachées à côté du tiroir-caisse. Il faut en deman­der au ven­deur qui vous les refi­lera pres­que en douce, à un prix exor­bi­tant, l’air de vous ven­dre un truc que la morale réprouve. Logi­que au fond… qui donc vou­drait empoi­son­ner des enfants? Mais la répro­ba­tion, ce n’est que pour les fumeurs, car je vous parle de ciga­ret­tes ven­dues en toute léga­lité, avec taxes à l’appui.

Pour finir, Mont­réal me laisse l’impres­sion d’une ville inté­res­sante à décou­vrir. On se défait vite du sen­ti­ment de dépay­se­ment dû aux buil­dings, les lar­ges ave­nues se cou­pant à angle droit et les lon­gues dis­tan­ces à par­cou­rir. Un peu mono­tone au pre­mier abord peut-être, mais on se dit qu’il y existe néces­sai­re­ment mille cho­ses à décou­vrir. Sur­tout parce que vous croi­sez des gens de tou­tes les ori­gi­nes; des euro­péens du nord et du sud, des asia­ti­ques, des latino-amé­ri­cains… Je crois que c’est cet air de mel­ting pot qui me plaît le plus.

Le dos­sier FIESS Mon­treal 2011

19/10/2011 Les indi­gnés à Mont­réal
20/10/2011 Vers le socia­lisme du 21e siè­cle
21/10/2011 L’eco­sol luxem­bour­geoise au FIESS
22/10/2011 Une salade lau­ren­tienne
24/10/2011 La fin du FIESS et un mes­sage au G20
26/10/2011 Pou­voirs publics et société civile
10/11/2011 Et pour finir quel­ques liens…

Article modifié le jeudi 10 novembre 2011, 16:22

Auteur: Abilio Machado

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