Vers le socialisme du 21e siècle
Publié le jeudi 20 octobre 2011, 10:09 - FIESS Montréal 2011 - Lien permanent
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Le Forum International de l’Economie Sociale et Solidaire (FIESS) bat son plein en cette semaine du 17 octobre. Des centaines de participants venus de soixante-dix pays de tous les continents… il est organisé en cinq grands thèmes transversaux qui ont l’avantage de rendre compte le caractère global de ce courant de pensée:
- Finance et commerce solidaires
- Sécurité et souverainetés alimentaires
- Innovation et entrepreneuriat collectif
- Emploi et travail
- Territoire et développement local
Paul Singer, secrétaire d’Etat à l’économie solidaire au Brésil
La matinée du 18 octobre était consacrée à deux tables rondes plénières qui ont été l’occasion de parcourir en quelques allocutions les fondamentaux de l’économie sociale et solidaire. De cette succession de discours venus des deux Amériques, d’Europe et d’Afrique se sont dégagés deux constantes. Premièrement que l’économie sociale et solidaire est une affaire politique. Ensuite, qu’elle constitue une réelle alternative au modèle économique dominant. Partout dans le monde, la démocratie est diagnostiquée comme étant malade de trop avoir abdiquée devant les déséquilibres économiques que la doctrine libérale a installés tout au long du siècle dernier.
Paul Singer, secrétaire d’Etat à l’économie solidaire au Brésil, qui a vu neiger (belle expression québécoise), pense à juste titre que la crise actuelle est le triste héritage du capitalisme. Un de plus, car il y en a déjà eu par le passé. Ces crises récurrentes seraient inhérentes au capitalisme, surtout depuis que la finance a pris peu à peu le pas sur les circuits production-consommation et sur les investissements publics. Pour résumer, et ceci relève presque du sens commun, l’économie est depuis longtemps au service de ses propres besoins et non plus de ceux de l’humanité. Dans ce contexte, l’économie solidaire a un rôle historique à jouer. Car elle a une portée révolutionnaire au niveau de la conscience collective. Révolutionnaire dans le sens où elle appréhende le monde comme un tout, un ensemble d’interdépendances entre politique et démocratie, système de production et capital, savoirs théoriques et pratiques.
L’économie solidaire est par essence démocratique, car elle est née, en tant que système de pensée, des luttes innombrables pour l’émancipation et les droits civiques et sociaux qui ont jalonné le 20e siècle. Les mouvements d’économie solidaire se revendiquent ainsi d’une histoire et de savoirs accumulés au fil du temps. Qu’ils relèvent d’expériences sociales et économiques ou bien de travaux théoriques, ces savoirs sont considérés comme des biens communs. Le terreau de l’économie solidaire est par conséquent la démocratisation des savoirs. Et cela tombe bien, a-t-on envie de dire, car les moyens de communication modernes facilitent énormément la circulation des idées et rendent possible des mouvements globalisées. Voyons pour preuve la réactivité des indignés dans plus de quatre-vingts pays. Le FIESS, fort de ses centaines de participants, s’est naturellement déplacé Victoria Square pour marquer son soutien aux indignés québécois qui ont installé là leur village protestataire et revendicatif. À en croire la presse montréalaise, ce mouvement entend s’installer dans la durée.
Auparavant, Ximena Ponce Leon, ministre de l’inclusion économique et sociale en Equateur, a appelé au socialisme du 21e siècle. Une nouvelle forme de socialisme à construire avec de modèles de développement innovants. La recette consiste à penser l’économie différemment, en la ramenant vers les réalités culturelles et sociales. C’est à ce niveau que la solidarité doit jouer un rôle fondamental, notamment parce qu’elle appelle l’avènement de systèmes participatifs. On entend par là des processus qui fassent coopérer pouvoirs publics, monde économique et société civile. Le rôle de l’Etat est ici de reconnaître et de légitimer l’économie solidaire. Rappelons que l’Equateur a inscrit dans sa constitution la solidarité comme un des principes régissant l’économie. Une loi dite économie populaire et solidarité a notamment été votée cette année. Elle décrète le bien être humain comme finalité de l’économie solidaire. Ceci met notamment en cause la notion de marché telle qu’elle est admise dans la théorie économique libérale. En Equateur, l’économie solidaire est un « marché » sur lequel interagissent les secteurs public, privé et société civile sur base de valeurs partagées. Surtout, sur ce nouveau marché, la pluralité des statuts des acteurs, les finalités économiques et les mécanismes de mise en œuvre priment sur les canons traditionnels que sont le capital et la propriété. Cette politique doit permettre à des communautés humaines et des secteurs d’activités de s’émanciper d’une économie de subsistance. Dans ces conditions, l’économie solidaire peut évoluer vers un système capable de réformer le modèle libéral. La citoyenneté active devient ici une donne incontournable, car gardienne d’un appareil d’état démocratique.
Et pour clore ce bref panorama des fondamentaux, mentionnons la présence du Réseau Africain d’Economie Sociale et Solidaire (RAESS) fraichement créé en 2010 à la suite du Forum de la globalisation de la solidarité (Lux09) qui s’est tenu au Luxembourg courant 2009. Ahmet Ait Haddout a raconté le cheminement qui peu à peu tisse un réseau international. Dans le cas du RAESS, les étapes ont été l’adoption d’une charte éthique, l’élaboration d’une feuille de route et une déclaration commune des organisations adhérentes au réseau à l’intention de leurs pays respectifs. En Afrique, comme partout ailleurs, un des objectifs est de réduire les inégalités et de contribuer à l’élaboration de politiques publiques favorisant le développement. Légitimer des organisations d’économie sociale et solidaire et organiser leur accès aux financements en sont d’autres. On voit bien que, fondamentalement, les revendications sont similaires, quel que soit le continent.
« Il y a beaucoup de pauvreté en Afrique, alors que les pays africains sont riches ». La phrase est on ne peut plus pertinente, riches de culture, d’envie de transformation, de confiance en l’avenir…
Le dossier FIESS Montreal 2011 |
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| 19/10/2011 | Les indignés à Montréal |
| 20/10/2011 | Vers le socialisme du 21e siècle |
| 21/10/2011 | L’ecosol luxembourgeoise au FIESS |
| 22/10/2011 | Une salade laurentienne |
| 24/10/2011 | La fin du FIESS et un message au G20 |
| 26/10/2011 | Pouvoirs publics et société civile |
| 10/11/2011 | Et pour finir quelques liens… |
Article modifié le jeudi 10 novembre 2011, 16:22




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