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Vers le socialisme du 21e siècle

Le Forum Inter­na­tio­nal de l’Eco­no­mie Sociale et Soli­daire (FIESS) bat son plein en cette semaine du 17 octo­bre. Des cen­tai­nes de par­ti­ci­pants venus de soixante-dix pays de tous les con­ti­nents… il est orga­nisé en cinq grands thè­mes trans­ver­saux qui ont l’avan­tage de ren­dre compte le carac­tère glo­bal de ce cou­rant de pen­sée:

  • Finance et com­merce soli­dai­res
  • Sécu­rité et sou­ve­rai­ne­tés ali­men­tai­res
  • Inno­va­tion et entre­pre­neu­riat col­lec­tif
  • Emploi et tra­vail
  • Ter­ri­toire et déve­lop­pe­ment local

montre_al-014.jpg Paul Sin­ger, secré­taire d’Etat à l’éco­no­mie soli­daire au Bré­sil

La mati­née du 18 octo­bre était con­sa­crée à deux tables ron­des plé­niè­res qui ont été l’occa­sion de par­cou­rir en quel­ques allo­cu­tions les fon­da­men­taux de l’éco­no­mie sociale et soli­daire. De cette suc­ces­sion de dis­cours venus des deux Amé­ri­ques, d’Europe et d’Afri­que se sont déga­gés deux cons­tan­tes. Pre­miè­re­ment que l’éco­no­mie sociale et soli­daire est une affaire poli­ti­que. Ensuite, qu’elle cons­ti­tue une réelle alter­na­tive au modèle éco­no­mi­que domi­nant. Par­tout dans le monde, la démo­cra­tie est diag­nos­ti­quée comme étant malade de trop avoir abdi­quée devant les désé­qui­li­bres éco­no­mi­ques que la doc­trine libé­rale a ins­tal­lés tout au long du siè­cle der­nier.

Paul Sin­ger, secré­taire d’Etat à l’éco­no­mie soli­daire au Bré­sil, qui a vu nei­ger (belle expres­sion qué­bé­coise), pense à juste titre que la crise actuelle est le triste héri­tage du capi­ta­lisme. Un de plus, car il y en a déjà eu par le passé. Ces cri­ses récur­ren­tes seraient inhé­ren­tes au capi­ta­lisme, sur­tout depuis que la finance a pris peu à peu le pas sur les cir­cuits pro­duc­tion-con­som­ma­tion et sur les inves­tis­se­ments publics. Pour résu­mer, et ceci relève pres­que du sens com­mun, l’éco­no­mie est depuis long­temps au ser­vice de ses pro­pres besoins et non plus de ceux de l’huma­nité. Dans ce con­texte, l’éco­no­mie soli­daire a un rôle his­to­ri­que à jouer. Car elle a une por­tée révo­lu­tion­naire au niveau de la cons­cience col­lec­tive. Révo­lu­tion­naire dans le sens où elle appré­hende le monde comme un tout, un ensem­ble d’inter­dé­pen­dan­ces entre poli­ti­que et démo­cra­tie, sys­tème de pro­duc­tion et capi­tal, savoirs théo­ri­ques et pra­ti­ques.

L’éco­no­mie soli­daire est par essence démo­cra­ti­que, car elle est née, en tant que sys­tème de pen­sée, des lut­tes innom­bra­bles pour l’éman­ci­pa­tion et les droits civi­ques et sociaux qui ont jalonné le 20e siè­cle. Les mou­ve­ments d’éco­no­mie soli­daire se reven­di­quent ainsi d’une his­toire et de savoirs accu­mu­lés au fil du temps. Qu’ils relè­vent d’expé­rien­ces socia­les et éco­no­mi­ques ou bien de tra­vaux théo­ri­ques, ces savoirs sont con­si­dé­rés comme des biens com­muns. Le ter­reau de l’éco­no­mie soli­daire est par con­sé­quent la démo­cra­ti­sa­tion des savoirs. Et cela tombe bien, a-t-on envie de dire, car les moyens de com­mu­ni­ca­tion moder­nes faci­li­tent énor­mé­ment la cir­cu­la­tion des idées et ren­dent pos­si­ble des mou­ve­ments glo­ba­li­sées. Voyons pour preuve la réac­ti­vité des indi­gnés dans plus de qua­tre-vingts pays. Le FIESS, fort de ses cen­tai­nes de par­ti­ci­pants, s’est natu­rel­le­ment déplacé Vic­to­ria Square pour mar­quer son sou­tien aux indi­gnés qué­bé­cois qui ont ins­tallé là leur vil­lage pro­tes­ta­taire et reven­di­ca­tif. À en croire la presse mont­réa­laise, ce mou­ve­ment entend s’ins­tal­ler dans la durée.

Aupa­ra­vant, Ximena Ponce Leon, minis­tre de l’inclu­sion éco­no­mi­que et sociale en Equa­teur, a appelé au socia­lisme du 21e siè­cle. Une nou­velle forme de socia­lisme à cons­truire avec de modè­les de déve­lop­pe­ment inno­vants. La recette con­siste à pen­ser l’éco­no­mie dif­fé­rem­ment, en la rame­nant vers les réa­li­tés cul­tu­rel­les et socia­les. C’est à ce niveau que la soli­da­rité doit jouer un rôle fon­da­men­tal, notam­ment parce qu’elle appelle l’avè­ne­ment de sys­tè­mes par­ti­ci­pa­tifs. On entend par là des pro­ces­sus qui fas­sent coo­pé­rer pou­voirs publics, monde éco­no­mi­que et société civile. Le rôle de l’Etat est ici de recon­naî­tre et de légi­ti­mer l’éco­no­mie soli­daire. Rap­pe­lons que l’Equa­teur a ins­crit dans sa cons­ti­tu­tion la soli­da­rité comme un des prin­ci­pes régis­sant l’éco­no­mie. Une loi dite éco­no­mie popu­laire et soli­da­rité a notam­ment été votée cette année. Elle décrète le bien être humain comme fina­lité de l’éco­no­mie soli­daire. Ceci met notam­ment en cause la notion de mar­ché telle qu’elle est admise dans la théo­rie éco­no­mi­que libé­rale. En Equa­teur, l’éco­no­mie soli­daire est un « mar­ché » sur lequel inte­ra­gis­sent les sec­teurs public, privé et société civile sur base de valeurs par­ta­gées. Sur­tout, sur ce nou­veau mar­ché, la plu­ra­lité des sta­tuts des acteurs, les fina­li­tés éco­no­mi­ques et les méca­nis­mes de mise en œuvre pri­ment sur les canons tra­di­tion­nels que sont le capi­tal et la pro­priété. Cette poli­ti­que doit per­met­tre à des com­mu­nau­tés humai­nes et des sec­teurs d’acti­vi­tés de s’éman­ci­per d’une éco­no­mie de sub­sis­tance. Dans ces con­di­tions, l’éco­no­mie soli­daire peut évo­luer vers un sys­tème capa­ble de réfor­mer le modèle libé­ral. La citoyen­neté active devient ici une donne incon­tour­na­ble, car gar­dienne d’un appa­reil d’état démo­cra­ti­que.

Et pour clore ce bref pano­rama des fon­da­men­taux, men­tion­nons la pré­sence du Réseau Afri­cain d’Eco­no­mie Sociale et Soli­daire (RAESS) frai­che­ment créé en 2010 à la suite du Forum de la glo­ba­li­sa­tion de la soli­da­rité (Lux09) qui s’est tenu au Luxem­bourg cou­rant 2009. Ahmet Ait Had­dout a raconté le che­mi­ne­ment qui peu à peu tisse un réseau inter­na­tio­nal. Dans le cas du RAESS, les éta­pes ont été l’adop­tion d’une charte éthi­que, l’éla­bo­ra­tion d’une feuille de route et une décla­ra­tion com­mune des orga­ni­sa­tions adhé­ren­tes au réseau à l’inten­tion de leurs pays res­pec­tifs. En Afri­que, comme par­tout ailleurs, un des objec­tifs est de réduire les iné­ga­li­tés et de con­tri­buer à l’éla­bo­ra­tion de poli­ti­ques publi­ques favo­ri­sant le déve­lop­pe­ment. Légi­ti­mer des orga­ni­sa­tions d’éco­no­mie sociale et soli­daire et orga­ni­ser leur accès aux finan­ce­ments en sont d’autres. On voit bien que, fon­da­men­ta­le­ment, les reven­di­ca­tions sont simi­lai­res, quel que soit le con­ti­nent.

« Il y a beau­coup de pau­vreté en Afri­que, alors que les pays afri­cains sont riches ». La phrase est on ne peut plus per­ti­nente, riches de cul­ture, d’envie de trans­for­ma­tion, de con­fiance en l’ave­nir…

Le dos­sier FIESS Mon­treal 2011

19/10/2011 Les indi­gnés à Mont­réal
20/10/2011 Vers le socia­lisme du 21e siè­cle
21/10/2011 L’eco­sol luxem­bour­geoise au FIESS
22/10/2011 Une salade lau­ren­tienne
24/10/2011 La fin du FIESS et un mes­sage au G20
26/10/2011 Pou­voirs publics et société civile
10/11/2011 Et pour finir quel­ques liens…

Article modifié le jeudi 10 novembre 2011, 16:22

Auteur: Abilio Machado

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