Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Langue de bois: mode d’emploi

Une fois n’est pas cou­tume, je vous invite aujourd’hui à un petit point de lin­guis­ti­que. En effet, dans notre société sur-infor­mée, la lan­gue de bois aussi appe­lée xylo­glos­sie, du grec xylon (bois) et glos­sos (lan­gue), est bien sou­vent deve­nue la norme. Sa carac­té­ris­ti­que pre­mière est de déli­vrer un mes­sage com­plè­te­ment coupé de la réa­lité. Il est donc con­venu, incan­ta­toire et n’apporte par défi­ni­tion aucune infor­ma­tion nou­velle, sauf si la fina­lité est de tru­quer, de mani­pu­ler son audi­toire. La lan­gue de bois peut pren­dre la forme écrite ou orale. La lan­gue de bois est une forme d’expres­sion uti­li­sée prin­ci­pa­le­ment par les diri­geants poli­ti­ques et les res­pon­sa­bles d’entre­pri­ses, mais pas seu­le­ment. Par le biais du poli­ti­que­ment cor­rect, de la com. d’entre­prise, elle irra­die éga­le­ment nos rap­ports pro­fes­sion­nels. Rai­son de plus pour s’y inté­res­ser. Pour ce faire, je me per­mets de vous sou­met­tre le dis­cours d’un des maî­tres en la matière: le minis­tère des rela­tions exté­rieu­res cubain con­cer­nant la situa­tion en Libye. Tant il est vrai que les régi­mes com­mu­nis­tes furent par­ti­cu­liè­re­ment effi­ca­ces en la matière.

castro.jpg

La Havane, le 20 mars 2011

Cuba exprime sa plus éner­gi­que con­dam­na­tion de l’inter­ven­tion mili­taire étran­gère dans le con­flit interne en Jama­hi­riya arabe libyenne.(ne pas com­men­cer par cho­quer l’inter­lo­cu­teur)

Cuba est d’avis que les con­flits doi­vent être réglés par la voie du dia­lo­gue et de la négo­cia­tion et non pas par la force mili­taire.(trou­ver un point de con­sen­sus avec le plus grand nom­bre)

Cédant à la pres­sion de cer­tains pays occi­den­taux, le Con­seil de sécu­rité de l’ONU a créé des con­di­tions qui ont per­mis cette agres­sion, ce qui cons­ti­tue une déro­ga­tion fla­grante à la Charte des Nations Unies et aux com­pé­ten­ces du Con­seil, et un nou­vel exem­ple du dou­ble stan­dard qui carac­té­rise un tel com­por­te­ment.(dis­si­mu­ler une vérité)”. Pour info, le Con­seil de sécu­rité de l’ONU est com­posé de 10 mem­bres dont 5 per­ma­nents dis­po­sant d’un droit de veto (USA ; Chine, Rus­sie, Royaume Uni, France) et 5 élus pour 2 ans. ”

La Réso­lu­tion 1973 adop­tée jeudi der­nier par le Con­seil de sécu­rité n’auto­rise en rien à atta­quer le ter­ri­toire libyen, si bien que cette atta­que est une vio­la­tion du Droit inter­na­tio­nal.(ne pas répon­dre à des ques­tions embar­ras­san­tes). Du genre, com­ment faire pour pro­té­ger des civils se fai­sant bom­bar­der sans bom­bar­der les agres­seurs ?

Les puis­san­ces occi­den­ta­les impli­quées dans ces opé­ra­tions mili­tai­res con­tre le ter­ri­toire libyen pro­vo­quent des morts, des bles­su­res et des souf­fran­ces de civils inno­cents. Cer­tains de ces pays sont res­pon­sa­bles de la mort de plus d’un mil­lion de civils en Irak, et de plus de 70 000 en Afgha­nis­tan, dans ce qu’ils qua­li­fient de «dom­ma­ges col­la­té­raux». Ils sont éga­le­ment com­pli­ces des cri­mes per­pé­trés con­tre le peu­ple pales­ti­nien. Ce para­gra­phe a pour but, en don­nant des chif­fres de morts sans sour­ces fia­bles, de faire appel aux sen­ti­ments plu­tôt que la rai­son. De plus, il intro­duit la notion de com­plot si chère à la rhé­to­ri­que com­mu­niste. Enfin, la réfé­rence à la Pales­tine sert de con­tre feu afin de mas­quer l’impré­ci­sion des infor­ma­tions.

Cuba sou­tient le droit ina­lié­na­ble du peu­ple libyen d’exer­cer son auto­dé­ter­mi­na­tion sans aucune ingé­rence étran­gère, con­damne la mort de civils en Libye et n’importe où dans le monde, et réi­tère son enga­ge­ment pour le res­pect de l’inté­grité ter­ri­to­riale et la sou­ve­rai­neté de la Libye sur ces res­sour­ces. Votre audi­toire étant main­te­nant mûr, vous pou­vez main­te­nant don­ner, (assé­ner votre vision du monde).

En résumé, pour tous les appren­tis et futurs uti­li­sa­teurs de la lan­gue de bois, vous trou­ve­rez ci-des­sous 8 règles basi­ques qui vous per­met­tront de con­ti­nuer à par­ler ou écrire pour ne rien dire. Pour les autres, ces quel­ques mar­queurs vont ser­vi­ront de tra­duc­teur.

- mas­quer une absence d’infor­ma­tion pré­cise

- évi­ter de répon­dre à des ques­tions embar­ras­san­tes

- ne pas atti­rer l’atten­tion sur un argu­men­taire défaillant

- ne pas cho­quer l’inter­lo­cu­teur

- dis­si­mu­ler une vérité

- cacher des objec­tifs réels mais ina­voua­bles

- faire adhé­rer à une idée en essayant de faire croire que l’on s’inté­resse aux préoc­cu­pa­tions du plus grand nom­bre

- impo­ser une idéo­lo­gie ou une vision du monde

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Bernard Horschler

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie


Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

aucune annexe



Voir aussi

carrotmob

La carotte au lieu du bâton... why not?

Telle est la devise de l’organisation “carrotmob”, contraction entre carotte et flashmob, fondée par Brent Schulkin, un ancien PDG de Google. En quoi cela consiste? Eh bien c’est très simple, au lieu...

Lire la suite

IMG_1947.jpg

Migration et bénévolat

Le sémi­naire et la table ronde “Migra­tion et béné­vo­lat” orga­ni­sés par la Mai­son des asso­cia­tions le 6 et le 7 octo­bre ont attiré plu­sieurs par­ti­ci­pants dont des mem­bres de...

Lire la suite