PIB: Produit Intérieur du Bonheur ?
Publié le vendredi 24 juin 2011, 08:00 - Coups de chapeau - Lien permanent
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L’indicateur principal de la croissance est le PIB (Produit Intérieur Brut). Il mesure exclusivement les activités rémunérées dans les secteurs publics et privés. Or, on nous bassine au travers de tous les médias avec la croissance en panne, la belle affaire… Lorsqu’on sait de quoi est composé le PIB (voir billet précédent), on devrait plutôt s’en réjouir !
Même si parfois, le PIB peut être en corrélation avec certains “indicateurs de bien être”, il perd toute cohérence avec ces derniers passé le seuil de 10 000 USD/habitant (c’est le cas d’environ 90 pays sur 235). Autrement dit, pour tous les pays développés et nombre de pays émergents, la croissance dont les économistes et hommes politiques de tous bords, relayés par les médias, nous content chaque jour son importance capitale, n’a aucune influence sur le bien-être de tous! Ceci est parfaitement, connu et reconnu des experts en statistiques publiques et cela peut aussi vous être démontré au travers des courbes présentées sur un même graphique présentant l’accroissement du PIB et le décroissement pour ainsi dire proportionnel de l’ISS (Indice de Santé Sociale) aux USA à compter du début des années 70.
En d’autres termes, passé le seuil d’environ 10 000 USD/habitant, la plupart du temps, richesse matérielle n’apporte qu’insécurité et instabilité sociale. Plus de mal être en somme.
Alors vive la croissance ?
Depuis 2008, quelque chose a pourtant changé: la crise actuelle nous montre que le marché est incapable de s’autoréguler et de se passer de l’Etat. Nous avons tous notés qu’aux pires moments de la crise, les gouvernements ont été les brancardiers du système financier, de ceux qui ont voulu le délitement de l’Etat, de ceux qui ont prôné le contrôle absolu et total du marché censé réguler toutes les activités humaines. Même les instances européennes qualifient pudiquement ces moments de “crise structurelle”, terme politiquement correct qui pourrait bien signifier “faillite du capitalisme”. C’est devant nos yeux, que cet autre mur se fissure de toute part. A qui et à quoi va-t-il laisser place ?
Dans une démocratie, le changement s’obtient sans recourir à la force, c’est-à-dire, surtout par les urnes et l’alternance qui en résulte, voire aussi au travers de manifestations telles ce mouvement des “indignados”. Pourtant les taux croissants d’abstentions nous alertent sur le manque d’engouement, non pas du système démocratique, mais de la nature de ce que nous proposent nos principaux leaders politiques. Tout comme à la fin de la dernière guerre, le monde à besoin de nouveaux projets, de nouveaux idéaux, d’espaces à dimensions humaines dans lesquels les hommes peuvent être entendus, débattre et entamer des actions soit directement soit par le vote. L’économie doit être remise à sa place: elle doit servir l’humanité et non le capital, contrairement à ce que nous venons tristement de constater, sinon comment ne pas s’indigner?
D’autres modèles que cette “sacro-sainte” croissance sont possibles et mêmes appliqués à l’échelle nationale, à l’image du Bhoutan qui a instauré le BNB (Bonheur National Brut), depuis 1972, en reléguant le PIB occidental au second plan. Ce petit pays asiatique, qui comporte au moins 800 000 individus, est classé environ 110ème au PIB/hab, pourtant il figure en très bonne place sur les indicateurs de bonheur, comme l’IBM (Indice de Bonheur Mondial) où il occupe la 8ème place, ou la carte mondiale du bien-être de l’université de Leicester, qui fait figurer le Bhoutan au 6ème rang mondial.
Le Luxembourg, comparable en taille au Bhoutan, champion mondial de la richesse matérielle avec un PIB près de 20 fois supérieur, lui n’est classé que 13ème sur la même carte. Et encore on peut reprocher à ces indices de bonheur ne pas prendre suffisamment en compte un indicateur de durabilité comme l’empreinte écologique, pour laquelle là aussi le Luxembourg est le champion mondial: Le premier pollueur par tête d’habitant au monde!
Voilà donc ce à quoi il nous faut réfléchir avec les citoyens: qu’est-ce qui contribue réellement à notre bien-être ?
Sur ce chemin, le Conseil de l’Europe à mis au point avec de nombreuses villes, associations et autorités publiques d’Europe une méthodologie dénommée SPIRAL. Le principe général est de demander l’avis des citoyens en termes de bien-être, puis d’en tirer en concertation avec la société civile et les pouvoirs publics, des plans d’actions locaux, visant à l’amélioration de la cohésion sociale, que le Conseil de l’Europe définit comme “La capacité de la société à mettre en œuvre le bien-être de tous”. Avant tout cette méthodologie fait appel à la participation des citoyens et au débat. Il rappelle que l’Homme est d’abord et avant tout, un animal social et que l’économie n’est que la traduction de ses échanges, en aucun cas, sa finalité. En effet, notre nature consiste-t-elle seulement à ce qu’un petit nombre d’entre nous se remplisse les poches d’une richesse matérielle très peu partagée, ou, les besoins de bases assurés, vivons-nous pour échanger des paroles, des regards, des gestes et des créations avec les autres?
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Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50




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