Le charme discret de ce voisin surréaliste
Publié le mercredi 15 juin 2011, 08:00 - Coups de chapeau - Lien permanent
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Nos voisins Belges sont sans gouvernement depuis plus d’un an mais les salaires des fonctionnaires sont versés, les retraites payées, le courrier distribué et les trains continuent de desservir les gares. Bref, la vie continue comme si de rien n’était. Un gouvernement ne servirait donc à rien ? On serait tenté de le croire. En tout cas c’est la première constatation basique que l’on pourrait faire. Sauf que la Belgique est un état fédéral et qu’il n’y a que le gouvernement fédéral qui s’est déclaré démissionnaire. Démissionnaire, mais pas démissionné. Nuance. Les pouvoirs locaux eux, continuent d’œuvrer sous la légitimité du suffrage universel. Le gouvernement démissionnaire ayant lui revêtu les habits de syndic de l’immeuble Belgique.
Il n’en reste pas moins vrai qu’il est vraiment surprenant de constater qu’un pays puisse fonctionner dans ces conditions. Encore un particularisme belge? Pas vraiment, non. A mon avis, l’ancrage de la Belgique dans la zone euro permet à cette situation de durer et perdurer. Car si la Belgique ne faisait pas partie de la zone Euro, que ce serait il passé?
Les marchés financiers détestent les incertitudes politiques. Ce faisant dans une telle configuration, n’importe quel pays aurait dû faire face à une invraisemblable fuite de capitaux et à une baisse de la confiance des milieux internationaux, ce qui aurait eu pour effet dans le cas de la Belgique, une très forte hausse des taux d’intérêt avec en corolaire un service de remboursement de la dette, qui serait vite devenu insupportable, avec à terme une faillite probable du pays.
Or, son arrimage à la zone euro, son système fédéral qui laisse une grande initiative de gestion et de décision aux différentes communautés permet de servir d’amortisseur à ces craintes. D’autant qu’un gouvernement dit d’affaires courantes se contente de gérer en bon père de famille les comptes de la maison Belgique. Pas ou plus d’idéologie, rien que du pragmatisme les milieux d’affaires adorent.
Alors la Belgique se trouve donc dans une situation enviable? Malheureusement non, car le divorce semble de plus en plus inéluctable. Tout comme un couple à la dérive, chaque mois passé rend de plus en plus difficile la poursuite ou la reprise de la vie commune car les deux communautés sont incapables de répondre à la question qui tue: rester ensemble mais pour faire quoi?
Mais si divorce il y a, comment feront t-ils? Certes, il existe l’exemple pacifique de la Tchéquie et de la Slovaquie, mais les deux communautés vont devoir porter seules le fardeau de la dette. Qui paiera la plus grosse part? Comment va t-on la répartir? Comment vont réagir les agences de notation à la création de deux nouvelles entités forcément affaiblies par le processus?
Alors, quel futur pour la Belgique? Un rattachement à la France pour sa communauté francophone? Apparemment c’est la dernière tarte à la crème. Sauf que cette éventualité risque de foutre un beau bordel au sein de l’hexagone. J’en veux pour preuve le silence assourdissant adopté sur le sujet par les hommes politiques du pays des fromages qui puent. Silence bien compréhensible car l’éventuel rattachement de la Belgique francophone mettrait le doigt sur une fracture historique, entre deux visions de la république héritées de la révolution et toujours pas réglée ce jour.
Tout d’abord, la vision napoléonienne impérialiste qui envisage la France comme ayant vocation à être le pays le plus puissant d’Europe (!!!). A ce titre, elle a vocation de regrouper tous les francophones et leurs territoires au sein de la mère patrie. Cette vision s’accompagne d’une relative autonomie des territoires. Dans le cas belge il suffit de rattacher 4 millions de francophones, ce qui permettrait à l’hexagone de reprendre en partie son espace naturel ancestral, de s’ancrer dans l’Europe du Nord et surtout à terme, compte tenu du différentiel des taux de natalité entre la France et l’Allemagne de disposer vraisemblablement dans 20 ou 25 ans d’une population égale voir supérieure à son voisin d’Outre Rhin.
La vision jacobine, elle, directement héritée de la révolution, a une conception diamétralement opposée. Elle professe la centralisation au nom d’une libération face aux pesanteurs socioculturelles locales, appréhendées comme des forces réactionnaires et rétrogrades. Une intégration de la partie francophone de la Belgique avec sa culture politique fédéraliste est difficilement soluble dans cette vision centralisatrice. D’autant qu’une arrivée de cultures et pratiques fédérales ne feraient que réveiller des nationalismes (Corse, Alsace, Bretagne, Pays Basque) et des particularismes qui, certes bien qu’endormis, restent encore vivaces dans nombre de régions françaises. Les tenants de cette ligne jacobine n’ont guère envie de faire entrer le renard wallon dans la basse cour française. Alors que va devenir la Belgique? Va-t-elle faire sienne le proverbe < que celui qui n’est pas content de son voisin recule sa maison> ou cette crise Belge n’est en fin de compte que la énième manifestation nous rappelant que nos voisins d’Outre Quiévrain n’ont pas donné par hasard le jour au mouvement surréaliste.
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50




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