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Le charme discret de ce voisin surréaliste

Nos voi­sins Bel­ges sont sans gou­ver­ne­ment depuis plus d’un an mais les salai­res des fonc­tion­nai­res sont ver­sés, les retrai­tes payées, le cour­rier dis­tri­bué et les trains con­ti­nuent de des­ser­vir les gares. Bref, la vie con­ti­nue comme si de rien n’était. Un gou­ver­ne­ment ne ser­vi­rait donc à rien ? On serait tenté de le croire. En tout cas c’est la pre­mière cons­ta­ta­tion basi­que que l’on pour­rait faire. Sauf que la Bel­gi­que est un état fédé­ral et qu’il n’y a que le gou­ver­ne­ment fédé­ral qui s’est déclaré démis­sion­naire. Démis­sion­naire, mais pas démis­sionné. Nuance. Les pou­voirs locaux eux, con­ti­nuent d’œuvrer sous la légi­ti­mité du suf­frage uni­ver­sel. Le gou­ver­ne­ment démis­sion­naire ayant lui revêtu les habits de syn­dic de l’immeu­ble Bel­gi­que.

Collage Bruxelles (Source: Wikipedia Commons)Il n’en reste pas moins vrai qu’il est vrai­ment sur­pre­nant de cons­ta­ter qu’un pays puisse fonc­tion­ner dans ces con­di­tions. Encore un par­ti­cu­la­risme belge? Pas vrai­ment, non. A mon avis, l’ancrage de la Bel­gi­que dans la zone euro per­met à cette situa­tion de durer et per­du­rer. Car si la Bel­gi­que ne fai­sait pas par­tie de la zone Euro, que ce serait il passé?

Les mar­chés finan­ciers détes­tent les incer­ti­tu­des poli­ti­ques. Ce fai­sant dans une telle con­fi­gu­ra­tion, n’importe quel pays aurait dû faire face à une invrai­sem­bla­ble fuite de capi­taux et à une baisse de la con­fiance des milieux inter­na­tio­naux, ce qui aurait eu pour effet dans le cas de la Bel­gi­que, une très forte hausse des taux d’inté­rêt avec en coro­laire un ser­vice de rem­bour­se­ment de la dette, qui serait vite devenu insup­por­ta­ble, avec à terme une faillite pro­ba­ble du pays.

Or, son arri­mage à la zone euro, son sys­tème fédé­ral qui laisse une grande ini­tia­tive de ges­tion et de déci­sion aux dif­fé­ren­tes com­mu­nau­tés per­met de ser­vir d’amor­tis­seur à ces crain­tes. D’autant qu’un gou­ver­ne­ment dit d’affai­res cou­ran­tes se con­tente de gérer en bon père de famille les comp­tes de la mai­son Bel­gi­que. Pas ou plus d’idéo­lo­gie, rien que du prag­ma­tisme les milieux d’affai­res ado­rent.

Alors la Bel­gi­que se trouve donc dans une situa­tion envia­ble? Mal­heu­reu­se­ment non, car le divorce sem­ble de plus en plus iné­luc­ta­ble. Tout comme un cou­ple à la dérive, cha­que mois passé rend de plus en plus dif­fi­cile la pour­suite ou la reprise de la vie com­mune car les deux com­mu­nau­tés sont inca­pa­bles de répon­dre à la ques­tion qui tue: res­ter ensem­ble mais pour faire quoi?

Mais si divorce il y a, com­ment feront t-ils? Cer­tes, il existe l’exem­ple paci­fi­que de la Tché­quie et de la Slo­va­quie, mais les deux com­mu­nau­tés vont devoir por­ter seu­les le far­deau de la dette. Qui paiera la plus grosse part? Com­ment va t-on la répar­tir? Com­ment vont réa­gir les agen­ces de nota­tion à la créa­tion de deux nou­vel­les enti­tés for­cé­ment affai­blies par le pro­ces­sus?

Carte des communautés belges (Source: Wikipedia Commons) Alors, quel futur pour la Bel­gi­que? Un rat­ta­che­ment à la France pour sa com­mu­nauté fran­co­phone? Appa­rem­ment c’est la der­nière tarte à la crème. Sauf que cette éven­tua­lité ris­que de fou­tre un beau bor­del au sein de l’hexa­gone. J’en veux pour preuve le silence assour­dis­sant adopté sur le sujet par les hom­mes poli­ti­ques du pays des fro­ma­ges qui puent. Silence bien com­pré­hen­si­ble car l’éven­tuel rat­ta­che­ment de la Bel­gi­que fran­co­phone met­trait le doigt sur une frac­ture his­to­ri­que, entre deux visions de la répu­bli­que héri­tées de la révo­lu­tion et tou­jours pas réglée ce jour.

Tout d’abord, la vision napo­léo­nienne impé­ria­liste qui envi­sage la France comme ayant voca­tion à être le pays le plus puis­sant d’Europe (!!!). A ce titre, elle a voca­tion de regrou­per tous les fran­co­pho­nes et leurs ter­ri­toi­res au sein de la mère patrie. Cette vision s’accom­pa­gne d’une rela­tive auto­no­mie des ter­ri­toi­res. Dans le cas belge il suf­fit de rat­ta­cher 4 mil­lions de fran­co­pho­nes, ce qui per­met­trait à l’hexa­gone de repren­dre en par­tie son espace natu­rel ances­tral, de s’ancrer dans l’Europe du Nord et sur­tout à terme, compte tenu du dif­fé­ren­tiel des taux de nata­lité entre la France et l’Alle­ma­gne de dis­po­ser vrai­sem­bla­ble­ment dans 20 ou 25 ans d’une popu­la­tion égale voir supé­rieure à son voi­sin d’Outre Rhin.

La vision jaco­bine, elle, direc­te­ment héri­tée de la révo­lu­tion, a une con­cep­tion dia­mé­tra­le­ment oppo­sée. Elle pro­fesse la cen­tra­li­sa­tion au nom d’une libé­ra­tion face aux pesan­teurs socio­cul­tu­rel­les loca­les, appré­hen­dées comme des for­ces réac­tion­nai­res et rétro­gra­des. Une inté­gra­tion de la par­tie fran­co­phone de la Bel­gi­que avec sa cul­ture poli­ti­que fédé­ra­liste est dif­fi­ci­le­ment solu­ble dans cette vision cen­tra­li­sa­trice. D’autant qu’une arri­vée de cul­tu­res et pra­ti­ques fédé­ra­les ne feraient que réveiller des natio­na­lis­mes (Corse, Alsace, Bre­ta­gne, Pays Bas­que) et des par­ti­cu­la­ris­mes qui, cer­tes bien qu’endor­mis, res­tent encore viva­ces dans nom­bre de régions fran­çai­ses. Les tenants de cette ligne jaco­bine n’ont guère envie de faire entrer le renard wal­lon dans la basse cour fran­çaise. Alors que va deve­nir la Bel­gi­que? Va-t-elle faire sienne le pro­verbe < que celui qui n’est pas con­tent de son voi­sin recule sa mai­son> ou cette crise Belge n’est en fin de compte que la énième mani­fes­ta­tion nous rap­pe­lant que nos voi­sins d’Outre Quié­vrain n’ont pas donné par hasard le jour au mou­ve­ment sur­réa­liste.

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Bernard Horschler

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