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Miracle à la Bolivienne: El Ceibo chocolate

Années 70. Alti­plano Boli­vien. Les con­di­tions de vie à 4000m d’alti­tude sont par défi­ni­tion extra­or­di­nai­re­ment dif­fi­ci­les. Mais en ces années 70, elles le sont encore plus que d’habi­tude. Les pay­sans indiens et leurs famil­les meu­rent lit­té­ra­le­ment de faim. Le gou­ver­ne­ment Boli­vien de l’épo­que dans sa grande luci­dité décide donc tout sim­ple­ment de pro­po­ser aux mil­liers de famil­les con­cer­nées de démé­na­ger. Et pour ce faire, il leur fait miroi­ter le don d’un lopin de terre de 12 hec­ta­res avec obli­ga­tion d’en cul­ti­ver 4 en cacao, tout en leur pro­met­tant la main sur le cœur, qu’ils pour­ront comp­ter sur l’appui logis­ti­que et finan­cier de l’état. Le dos au mur, des mil­liers de famil­les adhè­rent et s’ins­cri­vent….

Altiplano Fort de son suc­cès, le gou­ver­ne­ment de l’épo­que embar­que donc ces mil­liers de fem­mes, d’enfants, d’hom­mes dans des camions, des avions, des piro­gues et les lar­gue au milieu de l’Ama­zo­nie tout en ayant déli­mité les futu­res <pro­prié­tés>. Quant à la logis­ti­que de l’Etat, devant for­mer les Indiens à ce nou­vel envi­ron­ne­ment, à tra­cer des rou­tes, à cons­truire des éco­les, des dis­pen­sai­res, et bien, cette logis­ti­que jamais ne vint. Evi­dem­ment, une grande par­tie mou­rut, et une autre essaya de sur­vi­vre ailleurs. Fin de l’his­toire? Non.

Car dans cet envi­ron­ne­ment hos­tile qu’ils ne con­nais­saient pas, cer­tains d’entre eux déci­dè­rent de reve­nir au mode de fonc­tion­ne­ment qui a tou­jours été le leur: le com­mu­nau­ta­risme. Les famil­les sur­vi­van­tes se regrou­pè­rent et mirent en com­mun leurs mai­gres res­sour­ces, afin de trou­ver des solu­tions leur per­met­tant de sur­vi­vre.

2011. Si vous allez vous pro­me­ner dans le 3ème arron­dis­se­ment de Paris, plus pré­ci­sé­ment rue de Réau­mur (quar­tier du marais) vous serez sans doute ten­tés de péné­trer dans un maga­sin qui vous pro­po­sera tou­tes les sor­tes de cho­co­lat (bios) dont vous avez tou­jours rêvé. Le nom de ces cho­co­lats ? El Ceibo cho­co­late. Leur pro­ve­nance ? La Boli­vie.

40 ans après, nos famil­les Indien­nes pau­mées et affa­mées du fin fond de l’Ama­zo­nie Boli­vienne ont réussi à créer et à péren­ni­ser cer­tai­ne­ment au-delà des espé­ran­ces des fon­da­teurs une orga­ni­sa­tion de com­merce com­mu­nau­taire en tous points remar­qua­ble. A l’heure actuelle, La Ceibo compte plus de 110 sala­riés et fait tra­vailler plus de 1000 pro­duc­teurs. Prés de 70% de la pro­duc­tion est expor­tée essen­tiel­le­ment sur le mar­ché de l’équi­ta­ble. La pro­duc­tion de la Ceibo repré­sente près de 70% de la pro­duc­tion équi­ta­ble de Boli­vie. Les béné­fi­ces géné­rés ont per­mis de créer un sys­tème de pro­tec­tion sociale com­plet (mala­die, acci­dents, retraite). Un régime de bourse sco­laire est en voie d’éla­bo­ra­tion. Les pro­duc­teurs béné­fi­cient de cycles de for­ma­tions comp­ta­bles, admi­nis­tra­ti­ves, agri­co­les.

L’orga­ni­sa­tion ? Tous les repré­sen­tants, diri­geants sont élus. A tous les niveaux de déci­sion, le mode par­ti­ci­pa­tif est la règle. Le futur ? Par­tant cer­tai­ne­ment de la légen­daire et uni­ver­selle sagesse pay­sanne qui pro­fesse que <l’on ne mets pas tous ses œufs dans le même panier>, la Ceibo, à l’heure actuelle se diver­si­fie dans la pro­duc­tion de fruits séchés et d’hibis­cus tout en pre­nant évi­dem­ment en compte le para­mè­tre de la pro­tec­tion de la forêt tro­pi­cale.

N’en déplaise aux tenants de la libre entre­prise, du libé­ra­lisme sans con­train­tes et du capi­ta­lisme sau­vage, l’exem­ple de la Ceibo et de beau­coup d’autres à tra­vers le monde démon­tre quo­ti­dien­ne­ment qu’il est pos­si­ble de réflé­chir, de con­ce­voir, de pra­ti­quer l’éco­no­mie autre­ment que sur le basi­que rap­port de force que nous con­nais­sons.

Article modifié le lundi 30 mai 2011, 08:11

Auteur: Bernard Horschler

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