Miracle à la Bolivienne: El Ceibo chocolate
Publié le vendredi 27 mai 2011, 12:01 - Coups de chapeau - Lien permanent
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Années 70. Altiplano Bolivien. Les conditions de vie à 4000m d’altitude sont par définition extraordinairement difficiles. Mais en ces années 70, elles le sont encore plus que d’habitude. Les paysans indiens et leurs familles meurent littéralement de faim. Le gouvernement Bolivien de l’époque dans sa grande lucidité décide donc tout simplement de proposer aux milliers de familles concernées de déménager. Et pour ce faire, il leur fait miroiter le don d’un lopin de terre de 12 hectares avec obligation d’en cultiver 4 en cacao, tout en leur promettant la main sur le cœur, qu’ils pourront compter sur l’appui logistique et financier de l’état. Le dos au mur, des milliers de familles adhèrent et s’inscrivent….
Fort de son succès, le gouvernement de l’époque embarque donc ces milliers de femmes, d’enfants, d’hommes dans des camions, des avions, des pirogues et les largue au milieu de l’Amazonie tout en ayant délimité les futures <propriétés>. Quant à la logistique de l’Etat, devant former les Indiens à ce nouvel environnement, à tracer des routes, à construire des écoles, des dispensaires, et bien, cette logistique jamais ne vint. Evidemment, une grande partie mourut, et une autre essaya de survivre ailleurs. Fin de l’histoire? Non.
Car dans cet environnement hostile qu’ils ne connaissaient pas, certains d’entre eux décidèrent de revenir au mode de fonctionnement qui a toujours été le leur: le communautarisme. Les familles survivantes se regroupèrent et mirent en commun leurs maigres ressources, afin de trouver des solutions leur permettant de survivre.
2011. Si vous allez vous promener dans le 3ème arrondissement de Paris, plus précisément rue de Réaumur (quartier du marais) vous serez sans doute tentés de pénétrer dans un magasin qui vous proposera toutes les sortes de chocolat (bios) dont vous avez toujours rêvé. Le nom de ces chocolats ? El Ceibo chocolate. Leur provenance ? La Bolivie.
40 ans après, nos familles Indiennes paumées et affamées du fin fond de l’Amazonie Bolivienne ont réussi à créer et à pérenniser certainement au-delà des espérances des fondateurs une organisation de commerce communautaire en tous points remarquable. A l’heure actuelle, La Ceibo compte plus de 110 salariés et fait travailler plus de 1000 producteurs. Prés de 70% de la production est exportée essentiellement sur le marché de l’équitable. La production de la Ceibo représente près de 70% de la production équitable de Bolivie. Les bénéfices générés ont permis de créer un système de protection sociale complet (maladie, accidents, retraite). Un régime de bourse scolaire est en voie d’élaboration. Les producteurs bénéficient de cycles de formations comptables, administratives, agricoles.
L’organisation ? Tous les représentants, dirigeants sont élus. A tous les niveaux de décision, le mode participatif est la règle. Le futur ? Partant certainement de la légendaire et universelle sagesse paysanne qui professe que <l’on ne mets pas tous ses œufs dans le même panier>, la Ceibo, à l’heure actuelle se diversifie dans la production de fruits séchés et d’hibiscus tout en prenant évidemment en compte le paramètre de la protection de la forêt tropicale.
N’en déplaise aux tenants de la libre entreprise, du libéralisme sans contraintes et du capitalisme sauvage, l’exemple de la Ceibo et de beaucoup d’autres à travers le monde démontre quotidiennement qu’il est possible de réfléchir, de concevoir, de pratiquer l’économie autrement que sur le basique rapport de force que nous connaissons.
Article modifié le lundi 30 mai 2011, 08:11




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