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Voyage en Ukraine

“L’Ukraine? C’est où ça?” - “A côté de la Rus­sie” - “Ah oui, bien sûr”

C’est pres­que tou­jours le même dia­lo­gue qui se déroule quand quelqu’un me demande d’où je viens. Non que cela me pique au vif, mais je res­sens un petit malaise.

Ukraine

Pour­tant c’est un grand pays, mon Ukraine. C’est le plus grand pays de l’Europe et quand même ce n’est pas la plus grande place qu’il occupe dans la tête des gens. C’est un pays très jeune dont l’enfance et l’ado­les­cence étaient bien dures, sans parents atten­tion­nés et avec trop de jouets. L’âge de majo­rité passé, il faut com­men­cer à être sérieux.

Alors fai­sons un petit réper­toire: il y a du blé, du Tcher­no­byl, de la révo­lu­tion orange, du charme fémi­nin, de la cor­rup­tion, de la crise, de la nature, de l’alcool, de la neige, de la Rus­sie et s’il y a à ajou­ter, vous pou­vez con­ti­nuer la liste. Un joli cock­tail de sté­réo­ty­pes. Non, toute chose men­tion­née est bien vraie mais cela ne cou­vre pas le tout. C’est tou­jours bien plus dif­fi­cile que cela peut paraî­tre et si vous l’admet­tez, il est grand temps de faire un petit voyage au pays que vous ne con­nais­sez pas encore.

Je vais vous faire visi­ter ma ville, elle s’appelle Khar­kov. C’est la deuxième grande ville du pays qui compte à peu près 1 mil­lion d’habi­tants. C’est une ville d’étu­diants et des jeu­nes, c’est un cen­tre indus­triel et scien­ti­fi­que. C’est la ville où il est rare d’enten­dre quelqu’un par­ler ukrai­nien, c’est plu­tôt le russe qu’on uti­lise comme his­to­ri­que­ment la par­tie orien­tale appar­te­nait à la Rus­sie à l’épo­que. C’est la ville de parcs et de forêts, où le moderne avoi­sine le sovié­ti­que et où au cen­tre-ville le doigt de Lénine tou­jours pointe le che­min à pren­dre.

Au clo­cher de la cathé­drale Ous­pensky qui appar­tient au patri­moine cul­tu­rel natio­nal, on peut écou­ter la musi­que d’orgue et en des­cen­dant pren­dre l’esca­lier pour tra­ver­ser le pont et se trou­ver en face du cinéma le plus ancien de l’Empire russe “Bom­mer”.

On peut se per­dre dans les rues déser­tes pour décou­vrir les mai­sons aban­don­nées en com­pa­gnie des chats et des chiens errants. On peut pren­dre la rue Soum­skaya qui est la plus ancienne pour écou­ter le bruit de la ville et enten­dre les poè­tes et les écri­vains du siè­cle passé trin­quer les ver­res dans un bar à côté. Pren­dre la des­cente Bour­sats­kiy où jadis se trou­vait le sémi­naire et gagner le mar­ché aux livres où l’air est dif­fé­rent et la pous­sière est d’une dignité sans nom. Con­ti­nuer jusqu’à la “Cas­cade”, parc avec une fon­taine où sou­vent sont les jeu­nes qui sèchent leurs cours, se pré­pa­rent aux exa­mens, s’embras­sent ou jouent de la gui­tare.

Tra­ver­ser le parc pour visi­ter le théâ­tre d’opéra et en accom­pa­gne­ment voir les nou­veaux mariés pren­dre les pho­tos près de la fon­taine la plus célè­bre de la ville et dan­ser sous la musi­que d’accor­déon au des­sous des arbres qui abri­tent les oiseaux ou par­fois… les chaus­su­res.

Pren­dre un café dans une café­té­ria avec un drôle de nom “Chez un bou­lan­ger gai” et fixer un ren­dez-vous à la sta­tion “Soviets­kaya” sous un ther­mo­mè­tre gigan­tes­que qui est un lieu de ren­con­tre à tel point que c’est devenu une expres­sion figée: “se voir sous le ther­mo­mè­tre”. Pas­ser dans un res­tau ukrai­nien pour goû­ter au bort­sch, soupe aux toma­tes et bet­te­ra­ves assai­son­née de la crème fraî­che, et aux vare­ni­kys, mor­ceaux de pâte far­cis de pom­mes de terre, de fro­mage blanc ou de fruits. Et à la fin pren­dre un télé­siège pour tra­ver­ser la ville ver­doyante à l’encon­tre d’un cou­cher de soleil.

Le voyage ima­gi­naire fini, les sou­ve­nirs affluent et me font plon­ger dans une sorte de mélan­co­lie douce. Mais si ce n’est même que pour un ins­tant que vous avez eu envie de vous ren­dre en Ukraine, l’effort a bien valu la peine.

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Valeriia Matvishyna

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Renaud ·  04 mai 2011, 09:39

Très sympa, ça change de l’image que j’en avais!

Camille ·  04 mai 2011, 14:03

Très bel article, je trépigne d’impatience de visiter ton pays!

Daniela ·  04 mai 2011, 14:16

Ca donne vraiment envie de partir pour un weekend prolongé :)

bernie ·  04 mai 2011, 14:49

c’est magnifiquement écrit. <la poussière est d’une dignité sans nom>

Véronique ·  04 mai 2011, 18:12

Bon, rendez-vous sous le thermomètre…ou chez un boulanger gai?

Kostas ·  04 mai 2011, 19:15

Merci pour cette voyage a Ukanie

Valérie ·  04 mai 2011, 22:43

merci à tous!:)

Ben ·  05 mai 2011, 08:45

Cet article me fait vraiment vibrer,… Tous à l’Est !

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