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Mondragon : une autre manière de travailler.

1941. José María Ariz­men­diar­rieta, vicaire de son état , est nommé dans la loca­lité de Mon­dra­gon , une ville de la pro­vince du Guipúz­coa dans la Com­mu­nauté auto­nome du Pays bas­que . Nous som­mes en plein fran­quisme, la ville a ter­ri­ble­ment souf­fert de la guerre d’Espa­gne. Mais notre jeune vicaire rêve d’un autre monde. Il décide donc de s’occu­per du déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que. Déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que devant être basé sur des idées de mutua­lisme, de coo­pé­ra­tive, de démo­cra­tie, de par­tage des riches­ses et de déve­lop­pe­ment local; le tout repo­sant sur une forte iden­tité bas­que .

Mondragon (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Mondragon_%283%29.JPG) 1943. Notre vicaire crée une école de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle , gérée démo­cra­ti­que­ment évi­dem­ment.

1955. Cinq jeu­nes diplô­més de l’école créent la pre­mière entre­prise coo­pé­ra­tive nom­mée ULGOR, qui devien­dra FAGOR. Dans ces années là, la pro­duc­tion se limite aux poê­les à pétrole et aux coco­tes en fonte. Rien de bien extra­or­di­naire, sauf que notre petit vicaire et nos cinq las­cars ont de la suite dans les idées.

1958. Le sta­tut des employés embête l’Etat qui décide de les exclure du sys­tème de sécu­rité sociale (car­ré­ment). En réponse, les sala­riés met­tent en place un fonds de pro­tec­tion sociale, aujourd’hui nommé Lagun-Aro. Dans le même esprit, est créé en 1959 un orga­nisme de cré­dit des­tiné à sou­te­nir les coo­pé­ra­ti­ves du groupe : Caja Labo­ral Popu­lar. Pro­gres­si­ve­ment le groupe s’étoffe. Aux coo­pé­ra­ti­ves de base (Ulgor, Arra­sate/Fagor) s’en ajou­tent de nou­vel­les : Copreci, Eder­lan, Lana en 1962, Eroski (fusion de 5 coo­pé­ra­ti­ves de con­som­ma­teurs) en 1970, etc. A cette date, le groupe compte 9 000 sala­riés et 100 000 épar­gnants pour Caja Labo­ral. Le groupe s’orga­nise donc autour de 3 bran­ches : indus­trie (métal­lur­gie, fabri­ca­tion de machi­nes et d’outils, élec­tro­mé­na­ger, etc.), finance et com­merce (Eroski). Il pos­sède des cen­tres de recher­che (un pôle d’inno­va­tion) et une uni­ver­sité pri­vée (5000 étu­diants). Mon­dra­gon en 50 ans est deve­nue un véri­ta­ble phé­no­mène implanté dans une quin­zaine de pays.

Selon les don­nées du groupe, il emploie 82 000 sala­riés (2006) avec un chif­fre d’affai­res de près de 12 mil­liards d’€ (en 2005); ce qui en fait le 7ème groupe indus­triel Espa­gnol et le pre­mier employeur Bas­que. Bien sûr, cer­tains feront remar­quer que les valeurs du début ont été quel­que peu écor­nées (délo­ca­li­sa­tion en Chine, 1/3 des sala­riés ne sont pas sala­riés asso­ciés, l’éven­tail des salai­res est de plus en plus élargi).

Mais Mon­dra­gon prouve néan­moins qu’il existe d’autres façons d’entre­pren­dre. On peut entre­pren­dre et se déve­lop­per sans faire appel à la bourse ; on peut entre­pren­dre et se déve­lop­per tout en pra­ti­quant la démo­cra­tie comme dans une cité grec­que et on peut entre­pren­dre et se déve­lop­per en fai­sant le pari de l’humain. A médi­ter.

Article modifié le lundi 18 avril 2011, 16:34

Auteur: Bernard Horschler

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