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L'économie solidaire : une invitation à l'invention

Le mois de novem­bre est, par­tout en France, le mois de l’Eco­no­mie soli­daire. L’occa­sion de s’inter­ro­ger : le monde a changé, pour­quoi les règles de l’éco­no­mie ne chan­ge­raient-elles pas, elles aussi ? Pour­quoi au moment pré­cis où ces règles nous ont con­duit au fond du trou, nous obs­ti­nons-nous tant à vou­loir les appli­quer ? Equi­li­bre bud­gé­taire, libre con­cur­rence, désen­ga­ge­ment de l’Etat, etc. sont des dog­mes absur­des et dépas­sés d’une science éco­no­mi­que ortho­doxe qui s’épuise en vain à vou­loir faire ren­trer les imper­fec­tions de ce monde, dans la per­fec­tion de son modèle mathé­ma­ti­que. L’éco­no­mie soli­daire, elle, pro­pose une autre voie, qu’il serait temps d’étu­dier avec atten­tion : par­tir des imper­fec­tions de ce monde pour bâtir une société plus démo­cra­ti­que.

Couverture Vivre ensemble aujourd'hui (Eric Dacheux)Le mois de novem­bre est, par­tout en France, le mois de l’Eco­no­mie soli­daire. L’occa­sion de s’inter­ro­ger : le monde a changé, pour­quoi les règles de l’éco­no­mie ne chan­ge­raient-elles pas, elles aussi ? Pour­quoi au moment pré­cis où ces règles nous ont con­duit au fond du trou, nous obs­ti­nons-nous tant à vou­loir les appli­quer ? Equi­li­bre bud­gé­taire, libre con­cur­rence, désen­ga­ge­ment de l’Etat, etc. sont des dog­mes absur­des et dépas­sés d’une science éco­no­mi­que ortho­doxe qui s’épuise en vain à vou­loir faire ren­trer les imper­fec­tions de ce monde dans la per­fec­tion de son modèle mathé­ma­ti­que. L’éco­no­mie soli­daire, elle, pro­pose une autre voie, qu’il serait temps d’étu­dier avec atten­tion : par­tir des imper­fec­tions de ce monde pour bâtir une société plus démo­cra­ti­que.

La crise actuelle est dou­lou­reuse. Elle plonge des mil­lions de per­son­nes dans l’angoisse et la pau­vreté. Elle est aussi éclai­rante, aveu­glante pres­que, sur l’absur­dité du sys­tème éco­no­mi­que qui nous gou­verne. Les Etats ont dû sau­ver un sys­tème finan­cier qui s’était lui-même dro­gué de son pro­pre venin (la spé­cu­la­tion). Pour­tant ils doi­vent, aujourd’hui plus que jamais, se sou­met­tre aux dik­tats des acteurs de ce sys­tème qui se per­met­tent, via les agen­ces de nota­tion, de don­ner des leçons de bonne con­duite à leurs sau­veurs. Nous avons payé des som­mes con­si­dé­ra­bles pour sau­ver ceux qui ont con­duit le sys­tème ban­caire mon­dial à la faillite. Nous devons payer des som­mes plus con­si­dé­ra­bles encore parce que ceux que nous avons ainsi sau­vés, nous repro­chent de nous être trop endet­tés pour le faire ! Une telle absur­dité devrait nous révol­ter, elle nous assomme. Comme si tout cela était iné­luc­ta­ble, irré­mé­dia­ble, comme s’il était nor­mal, en somme, que dans la mar­che du monde, les riches devien­nent plus riches et les pau­vres plus pau­vres. Et bien, jus­te­ment, non. La démo­cra­tie, pour le pire comme pour le meilleur, c’est l’indé­ter­mi­na­tion, l’imper­ma­nence. Ce qui a existé depuis tou­jours peut dis­pa­raî­tre ; ce qui n’est jamais arrivé peut adve­nir. La démo­cra­tie, c’est la pos­si­bi­lité de faire et de défaire à l’infini les lois qui nous gou­ver­nent. Or, les lois éco­no­mi­ques ne sont pas des lois phy­si­ques, natu­rel­les, que l’éco­no­miste met­trait à jour, comme le phy­si­cien décou­vre les équa­tions mathé­ma­ti­ques des for­ces qui régis­sent l’uni­vers. L’éco­no­mie est un art, une acti­vité humaine sen­si­ble et ration­nelle, régu­lée par des règles socia­les qui ont changé au cours des siè­cles pas­sés et qui peu­vent donc chan­ger au cours des siè­cles à venir. Mal­heu­reu­se­ment, la plu­part des éco­no­mis­tes ne sont pas des artis­tes, des explo­ra­teurs de règles nou­vel­les, mais des alchi­mis­tes qui cher­chent, en vain, depuis deux siè­cles la recette per­met­tant de trans­mu­ter ce monde impar­fait en mar­ché par­fai­te­ment auto­ré­gulé. A long terme, un jour, ils auront rai­son : tout sera à l’équi­li­bre ; à long terme nous serons tous morts et toute vie humaine aura dis­paru. C’est ici et main­te­nant, aujourd’hui, au cœur même de cette crise révé­la­trice de l’absur­dité dan­ge­reuse du sys­tème éco­no­mi­que qui nous mène dans le mur, qu’il faut cons­truire le monde de demain.

Par­tout dans le monde une même aspi­ra­tion : pren­dre en main son pro­pre déve­lop­pe­ment

Au Nord comme au Sud, les popu­la­tions aspi­rent à être actri­ces de leur pro­pre déve­lop­pe­ment, à défi­nir, elles-mêmes, les pro­jets éco­no­mi­ques les mieux adap­tés à leurs besoins et à leurs ter­ri­toi­res. En fai­sant du débat public le mode de régu­la­tion éco­no­mi­que pri­vi­lé­gié d’une com­mu­nauté poli­ti­que, l’éco­no­mie soli­daire per­met une appro­che renou­ve­lée du déve­lop­pe­ment dura­ble. En effet d’un point de vue théo­ri­que, l’éco­no­mie soli­daire récon­ci­lie trois dimen­sions que la pen­sée éco­no­mi­que a fini par dis­join­dre : le poli­ti­que, l’éco­no­mi­que, le sym­bo­li­que. Il s’agit d’une éco­no­mie huma­niste qui fait con­fiance à la déli­bé­ra­tion démo­cra­ti­que pour con­ci­lier argent et valeur. L’éco­no­mie soli­daire est un ensem­ble d’ini­tia­ti­ves micro éco­no­mi­ques qui recou­vrent des réa­li­tés aussi diver­ses que des sys­tè­mes d’échan­ges locaux, des crè­ches paren­ta­les, des cui­si­nes col­lec­ti­ves, des coo­pé­ra­ti­ves d’agri­cul­teurs bio­lo­gi­ques, des res­sour­ce­ries ou des asso­cia­tions récol­tant de l’épar­gne soli­dai­res pour cons­truire des loge­ments aux exclus. L’éco­no­mie soli­daire n’est ni une éco­no­mie cari­ta­tive visant à répa­rer les dégâts de la glo­ba­li­sa­tion ni une éco­no­mie infor­melle où se déve­lop­pent les tra­fics de tous genre. L’éco­no­mie soli­daire est une éco­no­mie mise en œuvre par la société civile pour, d’une part, main­te­nir le lien social dans un ter­ri­toire spé­ci­fi­que et, d’autre part, appro­fon­dir la démo­cra­tie dans tou­tes les sphè­res (poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, civi­les), de tous les pays. La société démo­cra­ti­que a chassé Dieu du pou­voir poli­ti­que, elle doit main­te­nant ban­nir le Mar­ché de la régu­la­tion éco­no­mi­que.

Der­nier livre publié : « Vivre ensem­ble aujourd’hui », L’Har­mat­tan, 2010.

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Eric Dacheux

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