L'économie solidaire : une invitation à l'invention
Publié le mercredi 08 décembre 2010, 07:55 - Coups de chapeau - Lien permanent
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Le mois de novembre est, partout en France, le mois de l’Economie solidaire. L’occasion de s’interroger : le monde a changé, pourquoi les règles de l’économie ne changeraient-elles pas, elles aussi ? Pourquoi au moment précis où ces règles nous ont conduit au fond du trou, nous obstinons-nous tant à vouloir les appliquer ? Equilibre budgétaire, libre concurrence, désengagement de l’Etat, etc. sont des dogmes absurdes et dépassés d’une science économique orthodoxe qui s’épuise en vain à vouloir faire rentrer les imperfections de ce monde, dans la perfection de son modèle mathématique. L’économie solidaire, elle, propose une autre voie, qu’il serait temps d’étudier avec attention : partir des imperfections de ce monde pour bâtir une société plus démocratique.
Le mois de novembre est, partout en France, le mois de l’Economie solidaire. L’occasion de s’interroger : le monde a changé, pourquoi les règles de l’économie ne changeraient-elles pas, elles aussi ? Pourquoi au moment précis où ces règles nous ont conduit au fond du trou, nous obstinons-nous tant à vouloir les appliquer ? Equilibre budgétaire, libre concurrence, désengagement de l’Etat, etc. sont des dogmes absurdes et dépassés d’une science économique orthodoxe qui s’épuise en vain à vouloir faire rentrer les imperfections de ce monde dans la perfection de son modèle mathématique. L’économie solidaire, elle, propose une autre voie, qu’il serait temps d’étudier avec attention : partir des imperfections de ce monde pour bâtir une société plus démocratique.
La crise actuelle est douloureuse. Elle plonge des millions de personnes dans l’angoisse et la pauvreté. Elle est aussi éclairante, aveuglante presque, sur l’absurdité du système économique qui nous gouverne. Les Etats ont dû sauver un système financier qui s’était lui-même drogué de son propre venin (la spéculation). Pourtant ils doivent, aujourd’hui plus que jamais, se soumettre aux diktats des acteurs de ce système qui se permettent, via les agences de notation, de donner des leçons de bonne conduite à leurs sauveurs. Nous avons payé des sommes considérables pour sauver ceux qui ont conduit le système bancaire mondial à la faillite. Nous devons payer des sommes plus considérables encore parce que ceux que nous avons ainsi sauvés, nous reprochent de nous être trop endettés pour le faire ! Une telle absurdité devrait nous révolter, elle nous assomme. Comme si tout cela était inéluctable, irrémédiable, comme s’il était normal, en somme, que dans la marche du monde, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Et bien, justement, non. La démocratie, pour le pire comme pour le meilleur, c’est l’indétermination, l’impermanence. Ce qui a existé depuis toujours peut disparaître ; ce qui n’est jamais arrivé peut advenir. La démocratie, c’est la possibilité de faire et de défaire à l’infini les lois qui nous gouvernent. Or, les lois économiques ne sont pas des lois physiques, naturelles, que l’économiste mettrait à jour, comme le physicien découvre les équations mathématiques des forces qui régissent l’univers. L’économie est un art, une activité humaine sensible et rationnelle, régulée par des règles sociales qui ont changé au cours des siècles passés et qui peuvent donc changer au cours des siècles à venir. Malheureusement, la plupart des économistes ne sont pas des artistes, des explorateurs de règles nouvelles, mais des alchimistes qui cherchent, en vain, depuis deux siècles la recette permettant de transmuter ce monde imparfait en marché parfaitement autorégulé. A long terme, un jour, ils auront raison : tout sera à l’équilibre ; à long terme nous serons tous morts et toute vie humaine aura disparu. C’est ici et maintenant, aujourd’hui, au cœur même de cette crise révélatrice de l’absurdité dangereuse du système économique qui nous mène dans le mur, qu’il faut construire le monde de demain.
Partout dans le monde une même aspiration : prendre en main son propre développement
Au Nord comme au Sud, les populations aspirent à être actrices de leur propre développement, à définir, elles-mêmes, les projets économiques les mieux adaptés à leurs besoins et à leurs territoires. En faisant du débat public le mode de régulation économique privilégié d’une communauté politique, l’économie solidaire permet une approche renouvelée du développement durable. En effet d’un point de vue théorique, l’économie solidaire réconcilie trois dimensions que la pensée économique a fini par disjoindre : le politique, l’économique, le symbolique. Il s’agit d’une économie humaniste qui fait confiance à la délibération démocratique pour concilier argent et valeur. L’économie solidaire est un ensemble d’initiatives micro économiques qui recouvrent des réalités aussi diverses que des systèmes d’échanges locaux, des crèches parentales, des cuisines collectives, des coopératives d’agriculteurs biologiques, des ressourceries ou des associations récoltant de l’épargne solidaires pour construire des logements aux exclus. L’économie solidaire n’est ni une économie caritative visant à réparer les dégâts de la globalisation ni une économie informelle où se développent les trafics de tous genre. L’économie solidaire est une économie mise en œuvre par la société civile pour, d’une part, maintenir le lien social dans un territoire spécifique et, d’autre part, approfondir la démocratie dans toutes les sphères (politiques, économiques, civiles), de tous les pays. La société démocratique a chassé Dieu du pouvoir politique, elle doit maintenant bannir le Marché de la régulation économique.
Dernier livre publié : « Vivre ensemble aujourd’hui », L’Harmattan, 2010.
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50




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