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Ben l’hélicoptère

Pour cel­les et ceux qui se tien­nent un peu au cou­rant de l’actua­lité éco­no­mi­que et finan­cière, vous n’êtes pas sans savoir que le 3 novem­bre la FED (ban­que cen­trale des USA) par l’inter­mé­diaire de son iné­nar­ra­ble pré­si­dent Ben Ber­nanke a décidé d’un deuxième pro­gramme d’assou­plis­se­ment quan­ti­ta­tif (Quan­ta­tive Easing) de 600 mil­liards de dol­lars après celui de 1700 mil­liards de 2008/2009. Jus­que là rien d’extra­or­di­naire, hor­mis la somme, il faut bien l’avouer per­sonne ou pas grand monde ne com­prends de quoi il retourne. Rai­son de plus pour aller fouiller der­rière cette annonce loin de faire l’una­ni­mité chez les éco­no­mis­tes (euphé­misme)

US-FINANCE-ECONOMY-BERNANKE Décryp­tage. D’où pro­vien­nent tous ces mil­liards? Ils n’exis­tent pas ou pas encore. On va faire fonc­tion­ner ce qu’on appelle la plan­che à billets. Con­crè­te­ment cet argent ser­vira à rache­ter de la dette dans le but de doper l’éco­no­mie. Ce qui revient à créer de manière com­plè­te­ment arti­fi­cielle une masse moné­taire, toute neuve, toute belle, toute fraî­che.

Pour­quoi? Pour essayer de créer de l’infla­tion (un peu).

Quel inté­rêt? En créant de l’infla­tion et en injec­tant des liqui­di­tés les amé­ri­cains veu­lent relan­cer la con­som­ma­tion inté­rieure et ainsi relan­cer la crois­sance, qui comme cha­cun sait, d’après les dog­mes libé­raux, est por­teuse de créa­tions d’emplois. Voilà pour l’objec­tif prin­ci­pal. Qui dit infla­tion, dit aussi baisse du dol­lar, donc plus grande com­pé­ti­ti­vité à l’expor­ta­tion et ren­ché­ris­se­ment des impor­ta­tions. Les USA veu­lent donc fer­mer autant que faire se peut le robi­net des impor­ta­tions, tout en ouvrant celui des expor­ta­tions. L’infla­tion per­met­tant éga­le­ment de rogner le mon­tant abys­sal de la dette amé­ri­caine. Jus­que là, le rai­son­ne­ment se tient.

Sauf que. Qui est le plus gros créan­cier de dette amé­ri­caine et en même temps le plus gros expor­ta­teur vers les Amé­ri­ques ?La Chine, et oui. Et que fait et dit la Chine ? Pour l’ins­tant elle regarde, prend note, râle et éva­lue la situa­tion, mais sur­tout elle dit et redit qu’elle n’a rien à voir avec les désé­qui­li­bres struc­tu­rels de ces incon­sé­quents d’Amé­ri­cains endet­tés jusqu’au cou, et qu’il est hors de ques­tion qu’elle réé­va­lue sa mon­naie. Les Amé­ri­cains rétor­quent que leur endet­te­ment est en grande par­tie dû à la fré­né­sie de con­som­ma­tion de pro­duits chi­nois sous éva­lués. Dia­lo­gue de sourds ?

Pas de chance, pour les Amé­ri­cains, le Yuan est indexé sur un panier de devi­ses (Euro, Won Coréen et Dol­lar Amé­ri­cain), mais c’est le régime com­mu­niste (je me marre) qui décide in fine de la parité du Yuan. Pas la peine de vous faire un des­sin…. Ce sera, si tu bais­ses, je baisse….. Seule cer­ti­tude, le din­don de la farce de ce jeu de bon­ne­teau sera l’Euro, qui lui va se réé­va­luer puisqu’il est piloté par la pho­bie alle­mande. Laquelle pho­bie se carac­té­rise par une aver­sion géné­ti­que au mot infla­tion (sou­ve­nir des années 30).

Pro­blème, la recette amé­ri­caine a déjà été uti­li­sée. En 2008/2009, 1700 mil­liards de dol­lars ont été déver­sés afin de relan­cer l’éco­no­mie amé­ri­caine. On ne peut pas dire que le résul­tat fût cou­ronné de suc­cès.

Quand au troi­sième gros hic, il est de savoir où va aller toute cette masse de pognon. Théo­ri­que­ment, les ban­ques devraient ouvrir les van­nes du cré­dit, en tout cas, c’est le but. Mais com­ment ima­gi­ner les ban­ques amé­ri­cai­nes prê­ter de nou­veau à des emprun­teurs aux abois. Les ména­ges amé­ri­cains sont endet­tés en moyenne à plus de 90%…. Chat échaudé, craint l’eau froide. En pra­ti­que, nos chè­res ban­ques sous­cri­ront vrai­sem­bla­ble­ment à quel­ques bons du tré­sor amé­ri­cain et feront quel­ques cam­pa­gnes de pub ciblées his­toire de don­ner des gages de bonne volonté. Mais le scé­na­rio devrait être le même que la fois pré­cé­dente. La plus grande par­tie de cet argent sera des­ti­née aux acti­vi­tés dites en <comp­tes pro­pres>. Euphé­misme qui signi­fie : inves­tir sur les mar­chés. Met­tez-vous à la place d’un tra­der. Ces types-là ne sont pas com­plè­te­ment stu­pi­des. Ils savent très bien que la reprise n’existe pas. Ils savent très bien que les récents béné­fi­ces des entre­pri­ses sont dus à des dégrais­sa­ges jusqu’à l’os (comme ils disent).

Que faire de tout cet argent? Les actions? Oui, cer­tai­ne­ment, Amé­ri­cai­nes (un peu), les Bric (Bré­sil, Rus­sie, Inde, Chine) le plus gros paquet, mais sûre­ment pas en Europe.

Les obli­ga­tions ? Peut être quel­ques brou­tilles sur des obli­ga­tions d’Etat Alle­man­des, mais la majeure par­tie devrait faire le voyage vers l’Asie ou l’Ame­ri­que Latine. L’Europe ? Soyons sérieux, les obli­ga­tions Grec­ques, Por­tu­gai­ses, Ita­lien­nes, Espa­gno­les, Irlan­dai­ses déga­gent déjà de for­tes odeurs nau­séa­bon­des, du genre pour­ries.

Que reste-t-il ? Et bien, comme il y a deux ans, ce que l’on nomme les com­mo­di­ties ou matiè­res pre­miè­res. Au vu des besoins fara­mi­neux de la Chine, c’est l’inves­tis­se­ment idéal. Une demande en cons­tante aug­men­ta­tion com­bi­née à une offre de plus en plus limi­tée.

Des chif­fres? Depuis Juillet 2010, voici le hit parade. Etain (+60%) ; Plomb (+40%) ; Zinc (+37%). Je vous fais grâce du blé, du maïs, du pal­la­dium, de l’or. La Société Géné­rale (8ème ban­que euro­péenne) dans sa der­nière note de con­jonc­ture indi­que un afflux de capi­taux vers les actions (6,1 mil­liards de dol­lars) et les obli­ga­tions (3,8 mil­liards de dol­lars) des pays émer­gents. Et ce, en trois semai­nes…..

Con­clu­sion : L’éco­no­mie, tout comme un homme peut tom­ber malade. Sans vou­loir ren­trer dans les modes de trai­te­ment qui sont avant tout idéo­lo­gi­ques, il existe mal­gré tout des pro­cé­dés pour soi­gner les éco­no­mies attein­tes. Mal­heu­reu­se­ment, il existe une mala­die dont per­sonne ne sait com­ment gué­rir. Cette mala­die orphe­line a pour nom la défla­tion. Depuis la dépres­sion des années 30, on sait com­ment elle gan­grène une éco­no­mie, une pla­nète… Mais per­sonne n’a trouvé d’anti­dote. Tout au plus, quel­ques remè­des pré­ven­tifs. Pour l’ins­tant, la défla­tion n’est pas tota­le­ment à l’œuvre. Mais elle menace un peu par­tout. Ben Ber­nanke, n’a jamais cessé de la crain­dre. C’est lui, en expert du long épi­sode de défla­tion que le Japon con­naît depuis les années 90, qui, à la moin­dre occa­sion, serine qu’en cas de paroxysme de la crise, il fau­drait balan­cer des dol­lars d’un héli­co­ptère pour sou­te­nir la con­som­ma­tion. Avec le QE 2, Ben Ber­nanke vient ni plus, ni moins que d’enfi­ler sa com­bi­nai­son et de grim­per dans son héli­co­ptère…..

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Bernard Horschler

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