Ben l’hélicoptère
Publié le mercredi 17 novembre 2010, 16:04 - Coups de chapeau - Lien permanent
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Pour celles et ceux qui se tiennent un peu au courant de l’actualité économique et financière, vous n’êtes pas sans savoir que le 3 novembre la FED (banque centrale des USA) par l’intermédiaire de son inénarrable président Ben Bernanke a décidé d’un deuxième programme d’assouplissement quantitatif (Quantative Easing) de 600 milliards de dollars après celui de 1700 milliards de 2008/2009. Jusque là rien d’extraordinaire, hormis la somme, il faut bien l’avouer personne ou pas grand monde ne comprends de quoi il retourne. Raison de plus pour aller fouiller derrière cette annonce loin de faire l’unanimité chez les économistes (euphémisme)
Décryptage.
D’où proviennent tous ces milliards? Ils n’existent pas ou pas encore. On va faire fonctionner ce qu’on appelle la planche à billets. Concrètement cet argent servira à racheter de la dette dans le but de doper l’économie. Ce qui revient à créer de manière complètement artificielle une masse monétaire, toute neuve, toute belle, toute fraîche.
Pourquoi? Pour essayer de créer de l’inflation (un peu).
Quel intérêt? En créant de l’inflation et en injectant des liquidités les américains veulent relancer la consommation intérieure et ainsi relancer la croissance, qui comme chacun sait, d’après les dogmes libéraux, est porteuse de créations d’emplois. Voilà pour l’objectif principal. Qui dit inflation, dit aussi baisse du dollar, donc plus grande compétitivité à l’exportation et renchérissement des importations. Les USA veulent donc fermer autant que faire se peut le robinet des importations, tout en ouvrant celui des exportations. L’inflation permettant également de rogner le montant abyssal de la dette américaine. Jusque là, le raisonnement se tient.
Sauf que. Qui est le plus gros créancier de dette américaine et en même temps le plus gros exportateur vers les Amériques ?La Chine, et oui. Et que fait et dit la Chine ? Pour l’instant elle regarde, prend note, râle et évalue la situation, mais surtout elle dit et redit qu’elle n’a rien à voir avec les déséquilibres structurels de ces inconséquents d’Américains endettés jusqu’au cou, et qu’il est hors de question qu’elle réévalue sa monnaie. Les Américains rétorquent que leur endettement est en grande partie dû à la frénésie de consommation de produits chinois sous évalués. Dialogue de sourds ?
Pas de chance, pour les Américains, le Yuan est indexé sur un panier de devises (Euro, Won Coréen et Dollar Américain), mais c’est le régime communiste (je me marre) qui décide in fine de la parité du Yuan. Pas la peine de vous faire un dessin…. Ce sera, si tu baisses, je baisse….. Seule certitude, le dindon de la farce de ce jeu de bonneteau sera l’Euro, qui lui va se réévaluer puisqu’il est piloté par la phobie allemande. Laquelle phobie se caractérise par une aversion génétique au mot inflation (souvenir des années 30).
Problème, la recette américaine a déjà été utilisée. En 2008/2009, 1700 milliards de dollars ont été déversés afin de relancer l’économie américaine. On ne peut pas dire que le résultat fût couronné de succès.
Quand au troisième gros hic, il est de savoir où va aller toute cette masse de pognon. Théoriquement, les banques devraient ouvrir les vannes du crédit, en tout cas, c’est le but. Mais comment imaginer les banques américaines prêter de nouveau à des emprunteurs aux abois. Les ménages américains sont endettés en moyenne à plus de 90%…. Chat échaudé, craint l’eau froide. En pratique, nos chères banques souscriront vraisemblablement à quelques bons du trésor américain et feront quelques campagnes de pub ciblées histoire de donner des gages de bonne volonté. Mais le scénario devrait être le même que la fois précédente. La plus grande partie de cet argent sera destinée aux activités dites en <comptes propres>. Euphémisme qui signifie : investir sur les marchés. Mettez-vous à la place d’un trader. Ces types-là ne sont pas complètement stupides. Ils savent très bien que la reprise n’existe pas. Ils savent très bien que les récents bénéfices des entreprises sont dus à des dégraissages jusqu’à l’os (comme ils disent).
Que faire de tout cet argent? Les actions? Oui, certainement, Américaines (un peu), les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) le plus gros paquet, mais sûrement pas en Europe.
Les obligations ? Peut être quelques broutilles sur des obligations d’Etat Allemandes, mais la majeure partie devrait faire le voyage vers l’Asie ou l’Amerique Latine. L’Europe ? Soyons sérieux, les obligations Grecques, Portugaises, Italiennes, Espagnoles, Irlandaises dégagent déjà de fortes odeurs nauséabondes, du genre pourries.
Que reste-t-il ? Et bien, comme il y a deux ans, ce que l’on nomme les commodities ou matières premières. Au vu des besoins faramineux de la Chine, c’est l’investissement idéal. Une demande en constante augmentation combinée à une offre de plus en plus limitée.
Des chiffres? Depuis Juillet 2010, voici le hit parade. Etain (+60%) ; Plomb (+40%) ; Zinc (+37%). Je vous fais grâce du blé, du maïs, du palladium, de l’or. La Société Générale (8ème banque européenne) dans sa dernière note de conjoncture indique un afflux de capitaux vers les actions (6,1 milliards de dollars) et les obligations (3,8 milliards de dollars) des pays émergents. Et ce, en trois semaines…..
Conclusion : L’économie, tout comme un homme peut tomber malade. Sans vouloir rentrer dans les modes de traitement qui sont avant tout idéologiques, il existe malgré tout des procédés pour soigner les économies atteintes. Malheureusement, il existe une maladie dont personne ne sait comment guérir. Cette maladie orpheline a pour nom la déflation. Depuis la dépression des années 30, on sait comment elle gangrène une économie, une planète… Mais personne n’a trouvé d’antidote. Tout au plus, quelques remèdes préventifs. Pour l’instant, la déflation n’est pas totalement à l’œuvre. Mais elle menace un peu partout. Ben Bernanke, n’a jamais cessé de la craindre. C’est lui, en expert du long épisode de déflation que le Japon connaît depuis les années 90, qui, à la moindre occasion, serine qu’en cas de paroxysme de la crise, il faudrait balancer des dollars d’un hélicoptère pour soutenir la consommation. Avec le QE 2, Ben Bernanke vient ni plus, ni moins que d’enfiler sa combinaison et de grimper dans son hélicoptère…..
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50




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