Le franc CFA : Les huit péchés capitaux
Publié le mercredi 10 novembre 2010, 10:32 - Monde - Lien permanent
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En cette année 2010, 17 des 29 pays de l’ex empire colonial français devaient fêter le 50ème anniversaire de leur indépendance. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce 50ème anniversaire est passé largement inaperçu tant en France qu’en Afrique, (mis à part le défilé du 14 Juillet de 13 pays africains). Faut dire que les deux parties semblaient un brin emmerdés par d’éventuelles commémorations. Côté Africain, au bout de 50 ans on peut éventuellement faire un bilan, mais un bilan de quoi ? Sans vouloir être désobligeant, force est de constater que pour un certain nombre de pays, le bilan n’est vraiment pas terrible. Côté français là aussi, célébrer quoi ? La fin de la colonisation, bien sûr, mais y a t’il vraiment eu décolonisation ?
Là est la question. Car d’un côté comme de l’autre, tout le monde sait que ces indépendances soi disant si généreusement accordées à l’aube du début des années 60 ont été assorties de conditions dont le seul but était de garder pour l’ex colonisateur une tutelle sur ces nouveaux pays et leurs richesses. Et cette tutelle, 50 ans après, est toujours d’actualité.
Je ne vais pas m’étendre sur les innombrables magouilles, coups tordus et autres opérations plus ou moins secrètes de ces 50 dernières années. Ce serait trop long.
Non, je vais vous entretenir du franc CFA (communauté financière africaine) qui est bien plus révélateur de l’état d’indépendance virtuelle dans lequel patauge ces pays. Pour info, le franc CFA est la monnaie commune de 14 de ces 17 pays.
Version officielle : l’idée de départ était de créer une monnaie commune à tous ces pays afin de favoriser les échanges, d’abord entre eux et ensuite avec le reste du monde (via le franc français et maintenant l’Euro). Une monnaie stable devant également éviter aux populations des dévaluations sauvages et permettre ainsi aux investisseurs internationaux de disposer d’une zone de stabilité financière, condition première à tout investissement digne de ce nom.
Premier bémol : après 50 ans, on ne peut pas dire que les anciens colonisés francophones se portent mieux que leurs homologues anglophones et lusophones. On ne peut pas vraiment dire que les investisseurs internationaux aient plus particulièrement assailli cette fameuse zone de stabilité.
Deuxième bémol : en 1994, le gouvernement Balladur de manière complètement unilatérale, a décidé de dévaluer de 50% le franc CFA afin de favoriser leurs exportations. Vous avez bien noté. Un premier ministre étranger décide !! En une nuit, la monnaie perdait la moitié de sa valeur extérieure. La valse des étiquettes des produits importés dans les supermarchés des capitales de tous les pays de la zone est restée dans les mémoires. Quand on sait que les productions de base (coton, pétrole, café, cacao) de ces pays sont arrimés à l’euro, donc à une monnaie forte, cela contribue à diminuer fortement la compétitivité de ces produits sur les marchés internationaux donc à freiner le développement économique. Ces pays se trouvent donc aussi pieds et poings liés face aux fluctuations monétaires (euro/dollar). Vous avez dit indépendance ?
Troisième bémol : pour que cette monnaie existe, un certain nombre de critères (dictats ?) ont été imposés par la France. Pour pouvoir bénéficier de cette stabilité, tous les pays concernés doivent verser tous les ans, 65% de leurs réserves de change sur un compte commun du trésor français. Aucun pays africain n’est en mesure de dire quelle partie de cet argent lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations ! Pour info, la somme en question se monterait à 12 milliards d’euros….
Quatrième bémol : ce système de pot commun a pour effet pervers de permettre aux pays les plus dépensiers ou/et les plus riches de vivre sur le dos des plus sages et des plus pauvres.
Cinquième bémol : et concernant celui-ci on tombe dans le cynisme absolu. Les intérêts versés et décidés par la seule France sont comptabilisés par celle ci dans le budget dédié à l’aide des pays du Sud.
Sixième bémol : si les français se sont prononcés par référendum sur l’adhésion à la monnaie unique, les africains eux par contre, n’ont pas eu droit au chapitre…
Septième bémol : le principe de libre convertibilité facilitent également l’évasion de capitaux de l’Afrique vers la France. Evasion pour les hommes politiques africains peu scrupuleux et pompe à fric pour le financement des campagnes électorales des différents présidents français. Vous avez dit machine à corrompre ?
Huitième bémol : mais pourquoi ces pays restent ils dans cette zone ? Tout simplement car il est très difficile d’en sortir. A la moindre velléité de sortie, Paris sort la carte <protection des intérêts français>. Les militaires présents sur le sol Africain, ainsi que les services secrets (DGSE) ont démontré depuis 50 ans leur capacité à remplacer les dirigeants les plus récalcitrants par des personnalités plus dociles.
Pour finir sur une anecdote révélatrice, lors de <l’indépendance> de ces pays, la France a mis au service de chaque chef d’état Africain un officier des services secrets afin de les protéger. Version officielle. Ou éventuellement de les éliminer, version officieuse et historique. A ce jour, il existe 23 représentations extérieures du contre espionnage Français en Afrique, ce qui en fait le continent le plus <représenté>, devant la zone Moyen Orient/Asie du Sud (19)……
Références : Nicolas Agbohou. Le franc CFA et L’euro contre l’Afrique. Editions solidarités mondiales
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:49




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