Rock star ou messie – faut-il choisir?
Publié le mercredi 03 novembre 2010, 03:10 - Coups de chapeau - Lien permanent
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On vit dans un monde d’étiquettes, un monde fait de petites cases, de grandes catégories…et d’esprits étroits! Impensable qu’un juriste puisse aussi être poète ! Illogique qu’un PDG quitte ses bureaux pour les fourneaux ! Impossible qu’un jardinier lise Nietzsche ou Sartre! Douteux qu’une rock star fasse autre chose que de la musique !
Bono, leader plus qu’emblématique du groupe U2, occupe depuis quelques années déjà le devant de la scène pour autre chose que sa musique et ça ça dérange visiblement pas mal de monde ! Car selon certains son engagement humanitaire ne peut pas être un geste gratuit. La générosité, trop simple comme concept ! Il y a forcément une autre raison, il y a toujours une autre raison, réfléchie, calculée, préméditée.
En 2005 il est élu personnalité de l’année par Time Magazine, la même année il fait aussi partie des personnalités en lice pour le prix Nobel de la paix. Les grands décideurs du G8 acceptent de l’écouter prêcher sa cause lors de leurs précieux rendez-vous. Exagéré ? Ridicule ? Ses prises de position et ses démarches ont aujourd’hui une résonance mondiale qui en énerve plus d’un. Bono n’a peut-être jamais été autant écouté (et critiqué) qu’aujourd’hui mais ce que les gens oublient c’est qu’il n’a jamais cessé d’exprimer ses opinions et ce depuis le tout début de l’aventure U2…
Dès le début on leur demande de choisir leur camp: étudier la bible dans leur bus de tournée, c’est pas très rock n’ roll comme attitude! Pas de sexe, pas de drogues, juste l’envie de faire une musique sincère et honnête…trop bizarre ! Mais les quatre ‘braves’ rockeurs tiennent bon, assument l’apparente ambivalence et au fil des albums leurs convictions s’affirment. Sur War, leur troisième album studio figure le désormais mythique Sunday Bloody Sunday, chanson décriant la guerre fratricide que se livrent catholiques et protestants en Irlande du Nord et plus précisément le massacre du Dimanche sanglant à Londonderry en 1972. Les uns les accusent d’être liés à l’IRA (armée indépendantiste en Irlande du Nord), les autres trouvent leur foi et leur espoir pathétique. Pas grave, nos petits irlandais serrent les dents ! Bullet the blue sky sur Joshua Tree résulte d’un voyage de Bono en Amérique centrale et de son envie de raconter les ravages de l’impérialisme américain. Silver & Gold, une chanson qu’il écrit dans le cadre de sa participation à l’action Artists Against Apartheid et qui dénonce la situation en Afrique du Sud, figurera sur leur album Rattle & Hum. Et j’en passe…
Puis silence. C’en est trop, fin des années 80 ils expliquent devoir quitter le devant de la scène pour se retrouver, et revenir…peut-être. Et ils reviennent, trois ans plus tard. Nouvelle décennie, nouveau son, nouveaux costumes, nouveau discours. Plus sombre, plus cynique, moins idéaliste, moins frontal. C’est curieux, mais Bono ne part pas en croisade dans les années 90 ou peu, on ne le trouve sur aucun front. Qu’est-ce qui pourrait l’expliquer ? Une trop grande exposition dans les années qui ont précédé, un besoin de se protéger derrière le personnage de la rock star, la nécessité de trouver les bonnes causes et un discours adapté avant de frapper fort, très fort? C’est peut-être tout ça à la fois.
Pour le nouveau millénaire il a trouvé son nouveau cheval de bataille : les maux qui gangrènent l’Afrique, la dette, la faim, le sida. D’abord avec Jubilee 2000, un mouvement de plus de 40 pays appelant à l’annulation de la dette du tiers-monde en l’an 2000 puis avec DATA (Debt, Aids, Traid In Africa), association créée en 2005. Sa popularité lui donne la chance de pouvoir en parler à Bush, Chirac, Poutine et autres Tony Blair et il ne la laisse pas passer. S’y ajoutent ses nombreux appels à la libération d’Aung San Suu Kyi, candidate opposante du régime dictatorial birman, placée en résidence surveillée par la junte militaire après avoir vaincu les élections en 1990.
Mais il ne s’arrête pas là, et c’est peut-être ça le problème. C’est aussi le conflit en Palestine, l’Iran, et les essais nucléaires et et et…ça agace ! Ca agace même les fans. Surtout en concert, quand on a payé cher sa place, qu’on s’est littéralement battus pour l’avoir, qu’on a fait des files interminables, qu’on a attendu 5 heures debout sur 50 cm2 de pelouse de stade, on a pas envie d’entendre parler de démocratie et de liberté pendant 20 minutes ! On a envie de rock, on a envie de magie. On a envie de crier : mais oui on sait, zappe tout ça, chante-nous plutôt une chanson !
J’avoue que c’est ce que j’ai ressenti en 2005 lors de la précédente tournée. Ce n’est plus ce que j’ai ressenti il y a tout juste un mois lors du gigantesque 360° Tour. Plus sobres, les appels ont été délivrés de manière détournée. Par des images rappelant le combat du mouvement vert iranien pour la démocratie ou par les paroles unificatrices de Desmond-Prix Nobel de la Paix-Tutu himself. En musique de fond : ‘One’, what else ? Tout n’est finalement peut-être qu’une affaire de mesure…
Mais la question reste la même : est-ce que des discours sur la liberté, sur la solidarité, sur la démocratie ont leur place dans un concert de rock ? Certes Bono est dévoué à ces causes et il choisit de les défendre devant des milliers de personnes chaque soir mais n’est-ce pas quelque part prendre le public en otage ? J’ai envie de répondre que non parce tout ça fait partie du concept U2. Après on aime ou on n’aime pas. Ces messages sont dilués dans un show énorme, époustouflant en couleur et en son, on s’en prend plein les yeux et les oreilles. A côté de cet amas peut-être trop imposant de moyens techniques, des musiciens qui se donnent, contents d’être sur scène malgré plus de trente ans de service. Ils n’ont pas laissé cette impression désagréable qu’il s’agissait d’une date parmi d’autres, une routine dans un show parfaitement rodé et reproduit à l’identique chaque soir. Ou alors c’est des acteurs vachement doués et nous 60000 cons complètement dupes.
Le respect du public reste intact et leur engagement par rapport à ce qu’ils font et à ce qu’ils sont aussi. Entiers, leur musique leur ressemble. Bono ne serait pas Bono s’il n’avait pas écrit des chansons comme Sunday Bloody Sunday ou Pride (In the Name of Love). Aujourd’hui il reste le même sauf que son poids médiatique fait que ses messages peuvent maintenant être entendus par les plus grands et par le plus grand nombre.
On pourrait continuer longtemps à chercher les raisons de cet engagement. Un besoin de partage dicté par sa foi catho, une façon pour l’homme exagérément riche qu’il est devenu de se donner bonne conscience, son envie machiavélique de vendre encore plus de disques…mais on s’en fout en fait! Il pourrait ne rien faire, il pourrait passer son temps off-U2 à jouer au golf à Miami et à se dorer la pilule sur un yacht privé au large de Capri. Et personne ne dirait rien, tout le monde trouverait ça normal. C’est curieux, non ?
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50




Naulleau à Bono:
http://www.youtube.com/watch?v=P0Ad…
On en parle ailleurs, par exemple:
http://www.consoglobe.com/bono-la-v…