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Rock star ou messie – faut-il choisir?

On vit dans un monde d’éti­quet­tes, un monde fait de peti­tes cases, de gran­des caté­go­ries…et d’esprits étroits! Impen­sa­ble qu’un juriste puisse aussi être poète ! Illo­gi­que qu’un PDG quitte ses bureaux pour les four­neaux ! Impos­si­ble qu’un jar­di­nier lise Nietz­sche ou Sar­tre! Dou­teux qu’une rock star fasse autre chose que de la musi­que !

BonoBono, lea­der plus qu’emblé­ma­ti­que du groupe U2, occupe depuis quel­ques années déjà le devant de la scène pour autre chose que sa musi­que et ça ça dérange visi­ble­ment pas mal de monde ! Car selon cer­tains son enga­ge­ment huma­ni­taire ne peut pas être un geste gra­tuit. La géné­ro­sité, trop sim­ple comme con­cept ! Il y a for­cé­ment une autre rai­son, il y a tou­jours une autre rai­son, réflé­chie, cal­cu­lée, pré­mé­di­tée.

En 2005 il est élu per­son­na­lité de l’année par Time Maga­zine, la même année il fait aussi par­tie des per­son­na­li­tés en lice pour le prix Nobel de la paix. Les grands déci­deurs du G8 accep­tent de l’écou­ter prê­cher sa cause lors de leurs pré­cieux ren­dez-vous. Exa­géré ? Ridi­cule ? Ses pri­ses de posi­tion et ses démar­ches ont aujourd’hui une réso­nance mon­diale qui en énerve plus d’un. Bono n’a peut-être jamais été autant écouté (et cri­ti­qué) qu’aujourd’hui mais ce que les gens oublient c’est qu’il n’a jamais cessé d’expri­mer ses opi­nions et ce depuis le tout début de l’aven­ture U2…

Dès le début on leur demande de choi­sir leur camp: étu­dier la bible dans leur bus de tour­née, c’est pas très rock n’ roll comme atti­tude! Pas de sexe, pas de dro­gues, juste l’envie de faire une musi­que sin­cère et hon­nête…trop bizarre ! Mais les qua­tre ‘bra­ves’ rockeurs tien­nent bon, assu­ment l’appa­rente ambi­va­lence et au fil des albums leurs con­vic­tions s’affir­ment. Sur War, leur troi­sième album stu­dio figure le désor­mais mythi­que Sun­day Bloody Sun­day, chan­son décriant la guerre fra­tri­cide que se livrent catho­li­ques et pro­tes­tants en Irlande du Nord et plus pré­ci­sé­ment le mas­sa­cre du Diman­che san­glant à Lon­don­derry en 1972. Les uns les accu­sent d’être liés à l’IRA (armée indé­pen­dan­tiste en Irlande du Nord), les autres trou­vent leur foi et leur espoir pathé­ti­que. Pas grave, nos petits irlan­dais ser­rent les dents ! Bul­let the blue sky sur Joshua Tree résulte d’un voyage de Bono en Amé­ri­que cen­trale et de son envie de racon­ter les rava­ges de l’impé­ria­lisme amé­ri­cain. Sil­ver & Gold, une chan­son qu’il écrit dans le cadre de sa par­ti­ci­pa­tion à l’action Artists Against Apar­theid et qui dénonce la situa­tion en Afri­que du Sud, figu­rera sur leur album Rat­tle & Hum. Et j’en passe…

Puis silence. C’en est trop, fin des années 80 ils expli­quent devoir quit­ter le devant de la scène pour se retrou­ver, et reve­nir…peut-être. Et ils revien­nent, trois ans plus tard. Nou­velle décen­nie, nou­veau son, nou­veaux cos­tu­mes, nou­veau dis­cours. Plus som­bre, plus cyni­que, moins idéa­liste, moins fron­tal. C’est curieux, mais Bono ne part pas en croi­sade dans les années 90 ou peu, on ne le trouve sur aucun front. Qu’est-ce qui pour­rait l’expli­quer ? Une trop grande expo­si­tion dans les années qui ont pré­cédé, un besoin de se pro­té­ger der­rière le per­son­nage de la rock star, la néces­sité de trou­ver les bon­nes cau­ses et un dis­cours adapté avant de frap­per fort, très fort? C’est peut-être tout ça à la fois.

Pour le nou­veau mil­lé­naire il a trouvé son nou­veau che­val de bataille : les maux qui gan­grè­nent l’Afri­que, la dette, la faim, le sida. D’abord avec Jubi­lee 2000, un mou­ve­ment de plus de 40 pays appe­lant à l’annu­la­tion de la dette du tiers-monde en l’an 2000 puis avec DATA (Debt, Aids, Traid In Africa), asso­cia­tion créée en 2005. Sa popu­la­rité lui donne la chance de pou­voir en par­ler à Bush, Chi­rac, Pou­tine et autres Tony Blair et il ne la laisse pas pas­ser. S’y ajou­tent ses nom­breux appels à la libé­ra­tion d’Aung San Suu Kyi, can­di­date oppo­sante du régime dic­ta­to­rial bir­man, pla­cée en rési­dence sur­veillée par la junte mili­taire après avoir vaincu les élec­tions en 1990.

Mais il ne s’arrête pas là, et c’est peut-être ça le pro­blème. C’est aussi le con­flit en Pales­tine, l’Iran, et les essais nucléai­res et et et…ça agace ! Ca agace même les fans. Sur­tout en con­cert, quand on a payé cher sa place, qu’on s’est lit­té­ra­le­ment bat­tus pour l’avoir, qu’on a fait des files inter­mi­na­bles, qu’on a attendu 5 heu­res debout sur 50 cm2 de pelouse de stade, on a pas envie d’enten­dre par­ler de démo­cra­tie et de liberté pen­dant 20 minu­tes ! On a envie de rock, on a envie de magie. On a envie de crier : mais oui on sait, zappe tout ça, chante-nous plu­tôt une chan­son !

J’avoue que c’est ce que j’ai res­senti en 2005 lors de la pré­cé­dente tour­née. Ce n’est plus ce que j’ai res­senti il y a tout juste un mois lors du gigan­tes­que 360° Tour. Plus sobres, les appels ont été déli­vrés de manière détour­née. Par des ima­ges rap­pe­lant le com­bat du mou­ve­ment vert ira­nien pour la démo­cra­tie ou par les paro­les uni­fi­ca­tri­ces de Des­mond-Prix Nobel de la Paix-Tutu him­self. En musi­que de fond : ‘One’, what else ? Tout n’est fina­le­ment peut-être qu’une affaire de mesure…

Mais la ques­tion reste la même : est-ce que des dis­cours sur la liberté, sur la soli­da­rité, sur la démo­cra­tie ont leur place dans un con­cert de rock ? Cer­tes Bono est dévoué à ces cau­ses et il choi­sit de les défen­dre devant des mil­liers de per­son­nes cha­que soir mais n’est-ce pas quel­que part pren­dre le public en otage ? J’ai envie de répon­dre que non parce tout ça fait par­tie du con­cept U2. Après on aime ou on n’aime pas. Ces mes­sa­ges sont dilués dans un show énorme, épous­tou­flant en cou­leur et en son, on s’en prend plein les yeux et les oreilles. A côté de cet amas peut-être trop impo­sant de moyens tech­ni­ques, des musi­ciens qui se don­nent, con­tents d’être sur scène mal­gré plus de trente ans de ser­vice. Ils n’ont pas laissé cette impres­sion désa­gréa­ble qu’il s’agis­sait d’une date parmi d’autres, une rou­tine dans un show par­fai­te­ment rodé et repro­duit à l’iden­ti­que cha­que soir. Ou alors c’est des acteurs vache­ment doués et nous 60000 cons com­plè­te­ment dupes.

Le res­pect du public reste intact et leur enga­ge­ment par rap­port à ce qu’ils font et à ce qu’ils sont aussi. Entiers, leur musi­que leur res­sem­ble. Bono ne serait pas Bono s’il n’avait pas écrit des chan­sons comme Sun­day Bloody Sun­day ou Pride (In the Name of Love). Aujourd’hui il reste le même sauf que son poids média­ti­que fait que ses mes­sa­ges peu­vent main­te­nant être enten­dus par les plus grands et par le plus grand nom­bre.

On pour­rait con­ti­nuer long­temps à cher­cher les rai­sons de cet enga­ge­ment. Un besoin de par­tage dicté par sa foi catho, une façon pour l’homme exa­gé­ré­ment riche qu’il est devenu de se don­ner bonne cons­cience, son envie machia­vé­li­que de ven­dre encore plus de dis­ques…mais on s’en fout en fait! Il pour­rait ne rien faire, il pour­rait pas­ser son temps off-U2 à jouer au golf à Miami et à se dorer la pilule sur un yacht privé au large de Capri. Et per­sonne ne dirait rien, tout le monde trou­ve­rait ça nor­mal. C’est curieux, non ?

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50

Auteur: Sandy Rodrigues

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Fred ·  24 février 2011, 12:18

Naulleau à Bono:
http://www.youtube.com/watch?v=P0Ad…

Véronique ·  16 août 2011, 11:28

On en parle ailleurs, par exemple:
http://www.consoglobe.com/bono-la-v…

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