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Pakistan : Le bal des idées reçues et des préjugés.

Après Haïti, le Pakis­tan. Après le trem­ble­ment de terre, les inon­da­tions. Plus de 20% du pays est sous l’eau. Le chif­fre de plus de 10 mil­lions de per­son­nes tou­chées est avancé. Pour Haïti, les dons, et heu­reu­se­ment, avaient afflués dès les pre­miè­res heu­res. Pour le Pakis­tan, par con­tre c’est plus dif­fi­cile. Les géné­reux dona­teurs se feraient donc tirer l’oreille. Pour­quoi ? y aurait il de bon­nes et de mau­vai­ses catas­tro­phes ? A for­tiori y aurait-il de bon­nes et de moins bon­nes vic­ti­mes ? Faut dire que le Pakis­tan n’a pas bonne presse. Ou en tout cas son image, n’est pas fran­che­ment très relui­sante. Petit flo­ri­lège de pré­ju­gés, idées reçues gla­nées sur la toile.

PAKISTAN-DISASTER-FLOOD Pre­mier point néga­tif : Musul­man, ten­dance inté­griste Le Pakis­tan est un pays de bar­bus. Ben oui, il y a beau­coup de bar­bus au Pakis­tan. Nor­mal, l’islam invite les croyants à por­ter la barbe. Tous les musul­mans por­tant la barbe ne sont pas inté­gris­tes et mili­tants de la cause tali­bane. Cela se s’aurait si c’était le cas. 175 mil­lions d’habi­tants tout de même. Deuxième point néga­tif : Pakis­tan égale tali­bans. Oui, sur le ter­ri­toire Pakis­ta­nais il existe des zones con­trô­lées par les tali­bans (les zones dites tri­ba­les). Tali­bans, qui soit dit en pas­sant ont été encou­ra­gés, finan­cés, ins­tru­men­ta­li­sés, à l’ori­gine par la CIA via le Pakis­tan pour lut­ter con­tre la pré­sence Sovié­ti­que en Afgha­nis­tan. Aujourd’hui l’armée Pakis­ta­naise est en lutte armée con­tre les tali­bans. Plus de 1700 morts en 2009 l’attes­tent.

Troi­sième point néga­tif : L’incu­rie de l’Etat Pakis­ta­nais. Depuis le début, nom­bre de jour­na­lis­tes, chro­ni­queurs met­tent ce point en avant. Peut être qu’effec­ti­ve­ment les ser­vi­ces de l’Etat sont défi­cients, mais remet­tons la mos­quée au cœur de la Medina. Plus de 20% du pays est sous les eaux. Cela repré­sente une super­fi­cie com­pa­ra­ble à l’Angle­terre…. Il est vrai que les don­neurs de leçon d’outre Atlan­ti­que ont démon­tré une fan­tas­ti­que capa­cité de réac­tion lors de Katrina…..

Qua­trième point néga­tif : la bombe ato­mi­que. Com­ment, un pays dis­po­sant de la bombe ato­mi­que, donc de moyens humains et finan­ciers n’est il pas en capa­cité de faire face, sinon parce que les moyens finan­ciers sont dédiés en prio­rité à l’armée et à la bombe. En clair, au lieu de met­tre tout cet argent, ils devraient l’inves­tir dans la santé, l’édu­ca­tion. Sauf que, la bombe pakis­ta­naise n’a en vérité qu’une fina­lité. En tout cas, le pays s’en est doté au départ dans ce but. Se pro­té­ger de son voi­sin Indien. Depuis la par­ti­tion de 1947, les rela­tions Pakis­tano-Indien­nes sont par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ci­les, chao­ti­ques. Des accro­cha­ges armés plus ou moins impor­tants ont lieu à inter­val­les régu­liers autour de la ques­tion du Cache­mire. La bombe ato­mi­que Pakis­ta­naise est à lire aussi sous cet angle.

Cin­quième point néga­tif : la cor­rup­tion. Le Pakis­tan, comme beau­coup d’autres souf­fre de cette plaie. C’est un fait. Les par­tis poli­ti­ques sont décriés et régu­liè­re­ment bro­car­dés par la popu­la­tion. Dans le désor­dre, cor­rup­tion, négli­gence, égoïsme, incom­pé­tence. Tels sont les épi­thè­tes acco­lés à l’expres­sion classe poli­ti­que. L’aide, les dons ne ser­vi­raient qu’à ali­men­ter cet état de fait ? Soyons sérieux. Qui peux croire un seul ins­tant que les ONG œuvrant sur le ter­rain seraient des élé­ments cor­rup­teurs. Par con­tre, suf­fit de pas­ser la fron­tière afghane pour enten­dre de plus en plus de voix s’inter­ro­geant sur les pra­ti­ques de cer­tai­nes socié­tés pri­vées de sécu­rité occi­den­ta­les… La cor­rup­tion n’aurait elle pas aussi des cau­ses exo­gè­nes ? De toute façon, vu le mon­tant des aides octroyées jusqu’à pré­sent, aucune chance que le Pakis­tan ne som­bre dans un trou noir de cor­rup­tion….

Sixième point néga­tif : l’armée. Le Pakis­tan passe pour un pays sous con­trôle de son armée. Une espèce de dic­ta­ture mili­taire cachée. Effec­ti­ve­ment, l’armée a une place con­si­dé­ra­ble dans ce pays. Il est vrai qu’elle est aussi la seule force orga­ni­sée et effi­cace. Dans la situa­tion actuelle, ce serait plu­tôt un avan­tage.

En tout cas, soyez sûrs d’une chose. Les vic­ti­mes, dans leur écra­sante majo­rité sont des petits pay­sans n’ayant jamais quit­tés leurs vil­la­ges, et qui vivaient pau­vre­ment, dif­fi­ci­le­ment, de leurs demi-hec­tare de moyenne et de quel­ques ani­maux domes­ti­ques. Leurs vies se résu­ment essen­tiel­le­ment à sur­vi­vre et trou­ver les moyens pour nour­rir leurs enfants, loin de la poli­ti­que, des dji­hads et des médias.

Pen­sez d’abord à eux, don­nez.

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:49

Auteur: Bernard Horschler

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