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La croissance par le PIB, indicateur sexué d’une forme de richesse très contestable.

Dans ce contexte de crise, les médias, les hommes politiques, les économistes, nous rabattent tous les jours les oreilles avec la croissance. Or l’indicateur de croissance de référence est le PIB (Produit Intérieur Brut). Vous savez peut-être que le Luxembourg a le PIB le plus élevé du monde, mais qui d’entre vous sait comment il est constitué, et quelles valeurs il met en avant ?

illustrationpib L’utilisation d’indicateurs complexes et très spécifiques tels que le PIB sont plus révélateurs de choix politiques, institutionnels et conventionnels, que de l’état de bien-être d’une société. C’est une hypothèse qu’exposent et défendent brillamment, les auteurs de « Les nouveaux indicateurs de Richesse », Jean Gadrey et Florence Jean-Catrice. Par ailleurs, les grands indicateurs nationaux ou internationaux, présentent-il un véritable intérêt pour ce qui constitue le quotidien de chaque citoyen, pour les décideurs locaux, et la communauté territoriale ?

Afin de développer les arguments exposés, attachons-nous d’abord à la composition de l’indicateur de croissance : le PIB.

Le PIB mesure, grâce à la comptabilité nationale, le volume de production de biens et services qui se vendent ou coutent monétairement, produits par du travail rémunéré. On ajoute aux valeurs dégagées par l’échange, la transformation de biens et de services une seconde partie : le coût de production des services non marchands des administrations : les services publics. Les variations de prix, elles sont neutralisées pour dégager cette croissance. Cette composition a au moins trois conséquences :

Première conséquence : Tout ce qui se vend, se facture, gonfle le PIB, sans tenir compte du bien être individuel et collectif. Trois exemples peuvent illustrer ces propos :

Premier exemple : Une voiture, fait une sortie de route et heurte la barrière de sécurité. Cet accident va faire intervenir les services payants suivants : une dépanneuse, les services privés de l’entretien de la voirie, les services sanitaires, le garagiste, le carrossier ou le vendeur de voiture, l’entreprise qui va faire les travaux de réparation de la chaussée et de la barrière, l’entreprise productrice des éléments de barrière, l’entreprise de transport de ces éléments ect. On y rajoute le cout de production des services de police, de l’administration... Dès lors, toutes ces facturations, la production des services non marchands de l’administration rentrent directement dans le calcul de la richesse d’un pays. Doit-on en déduire que plus il y a d’accidents de la route, de dégâts et de blessés, que le pays est en pleine croissance, et que la population augmente son bien-être ? Notez bien que tous les services ne sont pas pris en compte, notamment les services bénévoles, par exemples pompiers, associations d’aides aux victimes de la route etc. Toutes ces ressources publiques et privées qui auraient pu être utilisées différemment pour la santé ou l’éducation par exemple…

Deuxième exemple, cité par les auteurs : une politique efficace de prévention des risques sanitaires aura tendance à diminuer la contribution des services de santé à la croissance (car il aura une diminution du nombre de consultations et de leurs facturations), alors qu’elle fera vraisemblablement progresser le bien-être.

Troisième exemple cité par les auteurs : La destruction de la forêt amazonienne est une activité qui fait progresser le PIB mondial. On ne tient nullement compte, de la perte du patrimoine naturel, de biodiversité, ni même des conséquences climatiques et environnementales.

Deuxième conséquence : Tout ce qui n’est pas marchand, n’est pas compté : Le bénévolat n’est pas valorisé, et surtout le travail domestique alors qu’il entrerait pour une valeur de 32 et 77% du PIB des pays développés s’il était pris en compte. Si les experts s’accordent sur le fait qu’il serait nécessaire d’intégrer la production domestique de biens dans le PIB (exemple construction/bricolage d’un garage par le propriétaire d’une maison), on exclurait toujours les services ménagers (ménage, cuisine, garde d’enfants…). Si l’on considère que vendre des légumes est une activité productrice, pourquoi ne pas considérer de la même manière, le service qui constitue à les laver, les couper, les cuisiner ? A l’heure des petits plats tout préparés vendus en grandes surface, on se rend pourtant bien compte de l’importance et de la valeur d’un tel service ! Ils sont plus que monétaires : ils offrent aussi du temps libre, par exemple. Quels que soient les arguments avancés pour ne pas prendre en compte le travail domestique, les auteurs démontrent que ces types d’activités

« sont socialement et politiquement dévalorisés (notamment parce qu’elles sont traditionnellement effectuées par les femmes)».




Troisième conséquence : Le PIB ne mesure que les quantités produites (outputs), mais pas les résultats en termes de bien être et de consommation (outcomes). Illustration : Dans le meilleur des cas, la contribution des services de santé à la croissance, n’est mesurée qu’au travers du volume des consultations, des soins, mais l’amélioration de l’état de santé et des conditions de vie ne sont nullement pris en compte.

Pour conclure sur le PIB : Lorsque l’on vous parle de croissance, les médias, les décideurs publics nationaux et internationaux, font référence à un système de valeur à la fois très particulier, sexiste, menaçant envers l’environnement et la population. Bien que particulièrement incomplet, le PIB sert d’outil majeur en termes de mise en place des politiques publiques nationales, européennes et internationales. Entres autres graves défauts, il ne reflète pas non plus à qui profite cette sacro-sainte croissance, car d’autres indicateurs (comme l’IBEE Indice de Bien Etre Economique ) montrent quant’ à eux que si le PIB augmente, les inégalités et la sécurité économique suivent une courbe diamétralement opposée. Enfin, il ne tient nullement compte de « l’empreinte écologique », qui compromet les ressources naturelles non renouvelables et renouvelables, pour le grand malheur des générations présentes et futures. Savez-vous qu’au Luxembourg, impact frontalier déduit, il faudrait près de 4 planètes pour que la population mondiale puisse vivre au même rythme qu’un luxembourgeois**, 5 pour un américain, 3 pour un français ? ***

Car mesdames et messieurs (plus modernes), le travail que vous faites pour votre entourage, les pompiers bénévoles qui viennent vous secourir lors d’un accident ou d’un feu de forêt, les bénévoles d’associations culturelles, d’assistance de défense de l’environnement, la qualité des soins que vous apportent le personnel des structures sanitaires, les politiques publiques de prévention, et même votre temps libre, ne contribuent officiellement pas à votre bien être ! Êtes-vous d’accord avec cette idée ? Est-vous d’accord que sur base de cette même idée que, la planète, l’Europe, le pays, la commune adopte une politique ainsi orientée ?

Quels outils pour les politiques publiques territoriales ? Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur le PIB, et sur les indicateurs alternatifs, ou complémentaires qui ont étés proposés par différents experts comptables et des groupements privés. Cela fera, sans doute, l’objet d’autres articles. Mais un autre point, fondamental, concerne directement leurs dimensions nationales ou internationales, qui se révèlent d’un bien médiocre intérêt pour les décideurs publics locaux. En effet, comment un échevin pourrait-il s’appuyer sur le PIB national, fusse-t-il le plus élevé du monde, pour implanter dans sa commune des actions qui vont contribuer au bien-être de ses citadins ? Devrait-il alors, organiser des accidents de voitures, encourager les conduites à risques, détruire les forêts, pour contribuer au bien-être des électeurs? On le voit ici, un indicateur national, à plus forte raison le PIB, n’a qu’un sens contreproductif en termes de bien-être.

Les outils d’aides à la décision publique locale sont pratiquement inexistants, tandis que le quotidien d’une personne dépend avant tout de l’environnement journalier dans lequel elle évolue, elle travaille, elle passe et partage son temps libre, elle imagine, elle vit. Seule une démocratie de proximité, une coresponsabilité territoriale, entre les décideurs, la société civile, les producteurs de biens et services et les utilisateurs locaux, peut permettre de recenser les valeurs et les aspirations que portent en elle la population locale. Quelles sont ses envies, ses perceptions de la qualité de vie, quels sont les éléments qui contribuent au bien-être collectif, quelles idées a-t-elle pour contribuer à l’amélioration générales des conditions de vie de tous ? Voici le type de question qui peut définir des indicateurs de bien-être, et contribuer ainsi à la définition d’un projet de société plus juste, plus respectueux de l’environnement, plus solidaire, pour le bien du plus grand nombre.

C’est avec vous et l’ensemble de la société civile, publique et privée, que nombre de structures emmergentes de l'Economie Solidaire agissent partout dans le monde pour promouvoir une alternative intelligente, durable et humaine à la sociétè du seul consumérisme et de l'avoir.

Pas d'accords ou pas convaincus ? Exprimez-vous sur ce site et discutons-en, car c'est cela aussi l'Economie Solidaire : l'échange, le dialogue, le lien...

Qu'est-ce que le bien être pour vous ? Quelles valeurs vous sont chères ? Quel héritage vous entendez léguer à vos enfants ?


** Consultez aussi l'article de Véronique Medinger sur l'empreinte écologique luxembourgeoise


** consultez l'étude portant sur l'empreinte écologique des résidents au Luxembourg


*** Vous pouvez calculer votre propre empreinte en ligne en suivant ce lien

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:49

Auteur: Gilles Dacheux

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