<La cupidité, c’est bien>. Gordon Gekko
Publié le vendredi 20 août 2010, 15:34 - Coups de chapeau - Lien permanent
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Ce flamboyant salopard de Gordon Gekko (Mickaël Douglas) sera donc de retour sur nos écrans. Ce qui est intéressant dans le personnage de Gekko ; c’est la perception que l’on peut en avoir. Il y a 23 ans, l’irruption d’un personnage complètement amoral et cynique qui met en exergue la cupidité comme une vertu avait choqué, dérangé, voir fasciné les spectateurs. Balancer à la face du monde que la cupidité c’est bien avait eu le mérite de mettre l’accent sur des pratiques pour le moins douteuses, mais heureusement c’était du cinéma. La différence en 2010, réside dans le fait que cette expression ne risque plus de surprendre grand monde, car nous savons tous que dans ce domaine la réalité a dépassé la fiction.
Cet automne sort le Wall Street 2 d’Oliver Stone. Ce flamboyant salopard de Gordon Gekko (Mickaël Douglass) sera donc de retour sur nos écrans. Bon, je vais pas faire la promo du film, car et d’une je ne l’ai pas vu, et de deux, Oliver Stone fait rarement dans la nuance, et son propos, tout comme sa mise en scène donnent souvent dans le lourdingue.
Mais ce qui est intéressant dans le personnage de Gekko ; c’est la perception que l’on peut en avoir. Il y a 23 ans, l’irruption d’un personnage complètement amoral et cynique qui met en exergue la cupidité comme une vertu avait choqué, dérangé, voir fasciné les spectateurs. Balancer à la face du monde que la cupidité c’est bien avait eu le mérite de mettre l’accent sur des pratiques pour le moins douteuses, mais heureusement c’était du cinéma. Donc, il restait pour certains d’entre nous, une petite interrogation. Pour les plus naïfs évidemment.
La différence en 2010, réside dans le fait que cette expression ne risque plus de surprendre grand monde, car nous savons tous que dans ce domaine la réalité a dépassé la fiction. Pas la peine de revenir sur l’actualité financière de ces deux dernières années, elle est jalonnée de scandales (Madoff, Kerviel), de pratiques insoutenables (Grèce), de faillites retentissantes (Lehmann Brother’s), mais surtout elle démontre l’incroyable impunité et l’incroyable puissance de ce milieu. Les maîtres du monde ce sont eux. Les Obama et consorts peuvent bien s’agiter, se contorsionner, rien ne change, rien ne bouge, si ce n’est que les Etats se sont maintenant endettés à des niveaux dignes de pays en guerre pour renflouer ces messieurs.
La cupidité, c’est bien. En situation de crise ou de difficultés, elle ne s’embarrasse pas d’états d’âme, de sentiments, d’émotions qui parasitent les prises de décision. Droit au but. Basique, mais efficace. Le marché du blé ; céréale oh combien symboliques en est un exemple terrifiant.
Avant les années 2000, le blé s’échangeait sur un mode classique et pépère. D’un côté les producteurs, de l’autre les négociants. Les deux parties établissaient des contrats à terme où le négociant achetait à un prix fixé d’avance une partie de la récolte à venir. Le système bien qu’imparfait avait le mérite de garantir les prix pour les deux parties, mais surtout pour les consommateurs les plus pauvres. Les stocks servant de tampon en cas d’intempéries.
2007/2008 : Le tournant
La population mondiale est en constante augmentation ; l’Inde et la Chine consomment de plus en plus de viande et pour produire de la viande, il faut de plus en plus de protéines, donc de céréales. Les prix du pétrole augmentant, les fertilisants, les coûts d’utilisation des machines agricoles, les transports augmentent eux aussi. L’utilisation de matières premières agricoles pour les bio carburants réduit la quantité de céréales disponibles. A tous ces facteurs, vous rajoutez des conditions climatiques défavorables et la situation est potentiellement tendue en ce début de 2007. Tendue, mais pas catastrophique.
Mais, avec la crise des subprimes, la machine va s’emballer. Les banques centrales injectent des montagnes d’argent sous forme de crédit à bon marché dans les institutions bancaires afin de les renflouer. Celles-ci ayant un besoin urgent de se <refaire> se tournent alors vers des produits de base, jusqu’alors délaissés. Le marché des céréales est alors noyé sous un océan de liquidité et livré aux appétits de tous les Gordon Gekko de la finance.
Résultat des courses : en moins d’un an le prix du blé augmente de 190% avec pour conséquence de jeter 250 millions de personnes dans la misère ; misère qui débouchera sur des troubles politiques que l’on gardera dans nos mémoires sous l’expression d’émeutes de la faim….
Août 2010 :
La population mondiale augmente toujours. L’inde et la Chine continuent à consommer de plus en plus de viande. Des aléas climatiques en Russie, Ukraine, Canada, et le prix du blé augmente de 50% en un mois (Juillet).Uniquement parce que la Russie décide d’un embargo de 3 mois sur ses exportations ? Les stocks mondiaux se situent eux à un niveau record…
Cherchez l’erreur. Il n’y en a pas. Le marché des céréales, donc de la faim est maintenant, lui aussi, sous la coupe de la Gekko’s world companie, qui, comme un vautour perché sur son arbre, guette, alléchée par l’odeur du fric toute nouvelle, qui pourrait servir ses noirs desseins.
Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:50




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