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Yann Arthus-Bertrand. Rencontre avec un drôle d'oiseau

Yann Arthus-Ber­trand : “On est des ani­maux en groupe, on vit ensem­ble, on avance ensem­ble” Le bon­homme ? Plu­tôt sympa. Entre­tien

Yann Arthus-Bertrand

DD : Qu’est-ce que vous res­sen­tez quand vous regar­dez votre film ?

YAB : Je suis ému, sur­tout vers la fin. J’étais très ému en le fai­sant, en lisant le texte. J’étais ému en le regar­dant. Sur ce film on a dit des cho­ses très per­son­nel­les, que j’avais envie de dire. Je ne parle pas du film « Home », que j’ai vu 100 fois, ce n’est pas pareil. Mais même « Home », je sens que c’est un bon film. Je suis très pré­ten­tieux, puisqu’on a bien expli­qué le lien qui nous unis­sait tous. On a tra­vaillé avec, Isa­belle Dela­noi - avec qui je tra­vaille sou­vent - qui a coécrit le scé­na­rio avec moi et a bien raconté com­ment ça se pas­sait. On n’a pas assez insisté, on n’a pas assez répété ce que je vou­lais dire, mais, quoi qu’il en soit, je res­sens beau­coup d’émo­tion, parce que les ima­ges sont très bel­les – sauf aujourd’hui, c’était dégueu­lasse, la pro­jec­tion était …. je suis scan­da­lisé par la pro­jec­tion, ça arrive.

DD : Donc, vous êtes per­suadé d’avoir fait pas­ser votre mes­sage …

YAB : Non non non, pas du tout ! J’ai fait le film que j’avais envie de faire. Main­te­nant, avec tous les défauts, c’est pas par­fait, mais je trouve qu’on a bien … enfin, j’ai fait le film que je vou­lais !

DD : J’avais l’impres­sion – quand je vous ai entendu par­ler avec les gens après le film, qu’ils s’atten­daient à LA solu­tion de votre part !

YAB : C’est pas mon truc. Je pense qu’aujourd’hui mon rôle est d’expli­quer des cho­ses. Mais moi, ce que j’ai com­pris, par tous les cadeaux que j’ai reçu, quand tu sur­vo­les la terre, tout ce que les gens te disent, c’est des cadeaux, ils te ren­dent moins con et ils t’expli­quent des cho­ses. C’est ce que j’ai envie de ren­dre, je suis quelqu’un qui aime con­vain­cre, c’est dans ma nature. J’ai fait un bon film, j’ai envie que les gens le voient, c’est dans la nature de l’homme, on a envie par­ta­ger ses con­nais­san­ces. On est des ani­maux en groupe, on vit ensem­ble, on avance ensem­ble, on apprend des autres et on a envie d’envoyer des mes­sa­ges.

DD : Pour vous c’est plu­tôt une ques­tion de par­tage des con­nais­san­ces.

YAB : Ah oui, com­plè­te­ment. Et aussi une chose, j’étais assez étonné de voir qu’en fin de compte, les gens avaient envie qu’on leur expli­que des his­toi­res, qu’on leur raconte le monde. Les gens m’ont dit qu’ils cul­pa­bi­li­sent et en même temps ils ont envie qu’on leur expli­que pour­quoi ça va pas. Les docu­men­tai­res, aujourd’hui ont une très grande impor­tance. Je pense que c’est vrai­ment quel­que chose de nou­veau cette envie de com­pren­dre le monde, d’expli­quer les pro­blè­mes. C’est com­plexe aujourd’hui l’his­toire, c’est super com­plexe de com­pren­dre com­ment on va s’en sor­tir. Les gens, n’ont pas for­cé­ment envie de chan­ger, mais ont envie d’écou­ter, de savoir quelle est la solu­tion, en espé­rant que quelqu’un va avoir LA solu­tion extra­or­di­naire. Peut-être qu’on va trou­ver, un truc qu’on n’ima­gi­nait même pas. J’y crois pas, mais bon.

DD : C’est jus­te­ment la ques­tion de la solu­tion, il y a plein de monde qui atten­dait de vous une solu­tion mira­cle, et vous avez tou­jours répété que vous ne l’aviez pas.

YAB : Les gens le savent, je passe mon temps à le dire, que la solu­tion on ne l’a pas.

DD : C’est peut-être comme vous l’avez dit ce matin, il faut com­men­cer par se chan­ger soi-même, les peti­tes habi­tu­des de tous les jours, au lieu d’uti­li­ser des gobe­lets en plas­ti­que, plu­tôt uti­li­ser des ver­res

YAB : C’est une réflexion, com­plète sur notre façon de vivre. Quand t’as com­mencé à com­pren­dre ça, tout vas mieux. Quand t’as pigé qu’en fin de compte, c’est ta vie et que c’est toi qui en es res­pon­sa­ble, que c’est pas les autres qui sont res­pon­sa­bles pour toi. Les autres pol­luent peut-être plus que toi et font peut-être plus de mal que toi, et alors. Pour­quoi est-ce que tu n’appor­te­rais pas ta part ?

DD : Il y a tou­jours ce para­doxe, comme vous l’avez, illus­tré par l’exem­ple de l’Inde où la famine a été réduite, mais main­te­nant il n’y a plus d’eau pro­pre, parce qu’elle a été uti­lisé pour les plan­ta­tions.

YAB : Oui, c’est le para­doxe du pro­grès qui est génial, même les OGMs, c’est un pro­grès, il y a des gens qui pen­sent que ce n’est pas un vrai pro­grès. On croit bien faire. Moi je ne crois pas que le monde est mené par le fric, j’y crois pas. On est mené par le fric, comme tout le monde. Tout le monde est mené par le suc­cès, tout le monde est con­tent d’avoir les moyens d’éle­ver ses enfants, tout le monde est tou­jours plus con­tent quand il peut don­ner plus d’argent aux action­nai­res. C’est pas ça qui t’empê­che d’être bien. Regarde Bill Gates, il a fait le plus gros don du monde, et il est l’homme le plus riche au monde. A un moment, il s’aper­çoit qu’il veut faire autre chose. Je ne pense pas que tous les ban­quiers soient des salauds. En France, tu sais, il y a une lutte des clas­ses – t’es fran­çaise ? - on me repro­che beau­coup de tra­vailler avec de gros­ses entre­pri­ses, des gros qui pol­luent. Il y a une espèce de dis­cours très néga­tifs sur tout, comme si le monde était séparé en deux. Les gen­tils et les salauds qui pol­luent. En France c’est un gros pro­blème, on voit la poli­ti­que séparé en deux, gau­che droite, gen­tils/méchants, ça mar­che pas comme ça.

DD : Il y a des gens qui vous envient beau­coup … ceux qui ont plus de moyens (en géné­ral, pas lui)

YAB : On est tou­jours le plus pau­vre (plus riche serait plus adapté, non ?) de quelqu’un.

DD : Vous êtes venu ici com­ment ?

YAB : Nous som­mes venus en train, mais on repart en voi­ture. Ce soir il y a peu de trains alors en repart en voi­ture, mais on part à qua­tre dans une voi­ture, on fait du covoi­tu­rage.

DD : Les ques­tions de ……Ber­nard Pivot YAB : Oh, j’aime pas ces ques­tions à la con, c’est encore ces trucs chi­nois !!

DD : Votre mot pré­féré ? YAB : Amour

DD : Le mot que vous détes­tez ? YAB : Réveil

DD : Votre dro­gue favo­rite ? YAB : La beauté

DD : Le son ou le bruit que vous aimez ? YAB : Le bruit des eaux

DD : Le son ou le bruit que vous détes­tez ? YAB : Le bruit des aéro­ports

DD : Votre juron pré­féré ? YAB : Putain, je dis sou­vent putain

DD : Si vous aviez un homme ou une femme pour illus­trer un nou­veau billet de ban­que ? YAB : 6 mil­liards 800 mil­lions de gens, cha­cun a son billet

DD : Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ? YAB : Cer­tai­ne­ment homme poli­ti­que

DD : La plante, l’arbre ou l’ani­mal dans lequel vous aime­riez être réin­carné ? YAB : Ah, c’est l’élé­phant, j’adore les élé­phants, c’est un ani­mal très beaux, qui n’emmerde per­sonne, qui n’a peur de rien. C’est cette espèce de côté pla­cide chez les élé­phants, tu vois, ils se bala­dent, c’est le plus grand mâle du monde, il est tran­quille, j’aime bien. Il a une vie fami­liale vache­ment inté­res­sante, ils se par­lent. Il y a plein de trucs, les famil­les res­tent ensem­ble toute leur vie. C’est un ani­mal que j’aime beau­coup.

DD : Si Dieu exis­tait, qu’est que vous aime­riez bien qu’il vous dise après votre mort ? YAB : T’es déjà là ?

Qui donc est Yann Arthus-Ber­trand?

Lien vers le film Home sur You­Tube

Article modifié le vendredi 30 juillet 2010, 16:53

Auteur: Daniela Dario

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