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Dennis Hopper : Born to be wild

A 74 balais, Den­nis Hop­per vient de tirer sa révé­rence. Celui qui pro­cla­mait ‘ plu­tôt explo­ser en plein vol que mou­rir à petit feu ‘ n’a pas été jusqu’au bout de sa punk atti­tude. Pour­tant, ce ne fut pas faute d’avoir essayé. Quoiqu’il en soit, Den­nis Hop­per res­tera l’auteur de ce for­mi­da­ble cra­chat ciné­ma­to­gra­phi­que balancé à la face de l’Amé­ri­que blan­che, puri­taine et red­neck. Le monu­men­tal, le fan­tas­ti­que road movie : Easy Rider.Dans un monde normé où con­for­misme et pen­sée uni­que règnent en maî­tre, où la liberté n’est plus qu’un sinis­tre lam­beau de lieux com­muns et de défi­ni­tions moi­sies et con­ve­nues, le temps d’un ins­tant, pre­nez les che­mins de tra­verse, et…… Get your kicks on route…

DenisHopper Né dans une ferme pous­sié­reuse du Kan­sas, d’un père pos­tier métho­diste et d’une mère au foyer, le sieur Hop­per, s’il se fit rapi­de­ment con­naî­tre pour ses incon­tes­ta­bles talents de comé­dien, se fit tout aussi rapi­de­ment bla­ck­listé d’Hol­ly­wood. Ses hec­to­li­tres de Tequila ingur­gi­tés, ainsi que ses tira­des sur les vieilles peaux igna­res gérant le cinéma hol­ly­woo­dien eurent vite fait de lui col­ler l’éti­quette de sul­fu­reux et infré­quen­ta­ble. Con­traint de cache­ton­ner, il s’exile à New York, où il passe ses jour­nées au musée d’art moderne et acces­soi­re­ment suit des cours à l’Actor Stu­dio de Lee Stras­berg. Au chô­mage forcé, il se tourne vers son autre pas­sion : la pho­to­gra­phie ; qui lui per­met de vivre entre deux hypo­thé­ti­ques cachets d’acteur.

Fin 1966, retour à Hol­ly­wood. Hop­per con­somme tou­jours autant d’alcool, de mari­juana, qu’il rem­place bien­tôt par les d’aci­des. Il est arro­gant, vio­lent, parano, de plus en plus ingé­ra­ble fon­çant droit vers le néant.

C’est alors que sur­git Peter Fonda. En cette fin 1967 à l’autre bout du com­biné son pote vient de lui en racon­ter une bonne. «Tu com­prends, vieux, ce sera l’odys­sée de deux copains che­vau­chant leur bécane à tra­vers le pays. Deux motards qui ont fait un gros coup et veu­lent se reti­rer en Flo­ride. Un wes­tern moderne, quoi !»Peter Fonda laisse Den­nis Hop­per réa­li­ser le film, con­vaincu que son éner­gie créa­tive por­tera le film aux nues. Mais le tour­nage du film vire au cau­che­mar. Hop­per se met à dos la quasi-tota­lité de l’équipe, en dégage la moi­tié, embau­che des non-pro­fes­sion­nels, donne des ordres sous l’emprise de la dro­gue tout en n’oubliant pas de créer un rôle pour Jack Nichol­son et sa déme­sure. La fin du tour­nage s’effec­tue sur le fil du rasoir. Hop­per con­ti­nuel­le­ment out, de plus en plus parano, donne ses direc­ti­ves avec deux pis­to­lets char­gés posés sur une table. Ambiance….



Pour­tant, en quel­ques semai­nes, Easy Rider rap­porte plus de 19 mil­lions de dol­lars. Hoper vient de tou­cher le jack­pot. Pro­fi­tant de sa noto­riété, il enchaîne avec The Last Movie, un film tourné au Pérou dans une ambiance orgia­que et hal­lu­ci­no­gène ; un bide com­mer­cial. Défoncé en per­ma­nence à la coke, l’héroïne, la Tequila, Hop­per som­bre alors dans une décen­nie d’errance entre Paris et le Nou­veau Mexi­que et enchaine les navets comme d’autres les per­les.

Son rôle du pho­to­gra­phe dézin­gué dans ‘ Apo­ca­lypse Now ‘ témoi­gne de l’état dans lequel Hop­per se débat à cette épo­que. On le retrouve ensuite en 1983, nu au milieu d’une rue de Cuer­na­vaca (Mexi­que) hur­lant con­tre d’invi­si­bles tireurs d’élite lan­cés à ses trous­ses. Cet épi­sode mar­quera défi­ni­ti­ve­ment la fin de sa vie de jun­kie.

Enfin clean, il réa­lise en 1988 l’excel­lent Colors avec Sean Penn et mul­ti­plie les rôles dans des films de Peckin­pah , Cop­pola et Lynch où il appa­raît en mons­tre psy­cho­pa­the shooté à l’oxy­gène dans l’uni­vers de Blue Vel­vet ; gla­çant le sang des spec­ta­teurs en balan­çant à Doro­thy Valens/Isa­bella Ros­sel­lini la fameuse répli­que “Bébé veut bai­ser maman” .

Si son phy­si­que de plus en plus éma­cié et son regard bleu acier le can­ton­nè­rent peut être un peu trop dans les per­son­na­ges de détra­qué, Hop­per ne laissa jamais de côté ses deux autres pas­sions ; la pein­ture et la pho­to­gra­phie. Pas­sionné de lon­gue date d’art moderne, il pos­sé­dait une col­lec­tion qui laisse rêveur (Warhol, Lich­ten­stein, Bas­quiat, Ruscha, Sch­na­bel….). Quant à la pho­to­gra­phie, ses pho­tos démon­trent que son par­cours de cinéaste si chao­ti­que qu’il fut, resta tou­jours ins­piré par les autres arts.

Pas à une con­tra­dic­tion près, Hop­per, s’il prôna l’anti­con­for­misme affi­chait des opi­nions poli­ti­ques clai­re­ment con­ser­va­tri­ces. Il sou­tint Rea­gan, Bush père et fils, mais vota Obama… Va com­pren­dre.

Salut l’artiste.

Article modifié le lundi 14 novembre 2011, 16:49

Auteur: Bernard Horschler

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