Un espace de gestion démocratique juridiquement reconnu: l'association d'intérêt collectif
Publié le mercredi 04 août 2010, 13:00 - Luxembourg - Lien permanent
- Article
- |
- Commentaires(3)
- |
- Fichiers attachés(0)
Ni les entreprises commerciales (même les coopératives) ni les associations classiques (au sens loi 1901 ou associations sans but lucratif) ne sont à même de fournir un cadre juridique approprié à une troisième voie, celle de l’économie solidaire. Et pourtant, pour ne pas s’enliser en marge du marché, ni devenir des instruments d’un Etat en mal de “social”, une reconnaissance institutionnelle des entreprises collectives et d’utilité collective est indispensable.
Nées, au Luxembourg, dans la foulée des politiques européennes de développement local et régional, ces entités ne peuvent être résumées à de “simples”, bien qu’utiles pour la cohésion sociale, associations crées autour d’un loisir commun (football, chiens, voitures…) ou autre. Elles ne peuvent pas non plus être considérées comme jumelles des coopératives (agricoles, sociales,…) même si en termes de gouvernance il y a plus que des similitudes, l’activité reste totalement désintéressée, contrairement aux entreprises coopératives.
Leur reconnaissance juridique devra donc prendre en compte aussi bien le principe de la non-lucrativité et de l’activité économique désintéressée, que les valeurs et principes inhérents à l’économie solidaire: gouvernance, gestion durable des biens communs, développement local, intérêt général, consommation éthiquement responsable…. Il ne s’agit pas de rassembler les citoyens autour de n’importe quel projet. Il ne s’agit même pas de rassembler les citoyens, le mouvement naissant dans la collectivité, il faut juste lui donner une reconnaissance.
Le mouvement de citoyens actifs pour la cohésion sociale ne doit pas rester un phénomène marginal: “Être citoyen, ce n’est pas vivre en société, c’est changer la société.” (1) Même si le concept de cohésion sociale n’est pas défini de manière univoque et précise, le Statec reprend quelques définitions invoquées récemment en France et en Grande-Bretagne et retient finalement que la cohésion sociale est “”un processus permanent qui consiste à établir des valeurs communes et des objectifs communs et à offrir l’égalité des chances en se fondant sur un idéal de confiance, d’espoir et de réciprocité parmi tous les individus” (2). Autrement dit, “la cohésion sociale est donc la capacité de la société à assurer le bien-être de tous ses membres”.” La confiance, comme démontré par Elinor Ostrom, passe aussi et avant tout par la communication, et les associations d’intérêt collectif sont des espaces de communication et de partage. Cette explication du Statec rejoint celle de Terry Davis qui dit que la cohésion sociale “est définie comme la capacité de la société à assurer le bien-être de tous et à éviter les disparités”. (3) Notion évoquée la première fois par Durkheim (De la division du travail social, 1893), la cohésion sociale repose, selon le gouvernement luxembourgeois, sur trois piliers: la solidarité, l’équité et la participation. (4) Il est donc nécessaire de donner une réalité à ces espaces où solidarité, équité et participation peuvent être vécues.
Lorsqu’on parle de cohésion sociale, la notion de citoyenneté s’impose naturellement. La citoyenneté, hormis le fait d’être un statut juridique, se définit aussi par des valeurs telles la civilité (respect et reconnaissance mutuelle), le civisme (respect de lois et des devoirs en société) et la solidarité (rattachement à un projet commun et à des visions communes). Une citoyenneté active implique le droit à une éducation citoyenne que les entreprises de l’économie solidaire veulent, et d’ailleurs doivent, mettre en œuvre. Cette éducation citoyenne, issue des mouvements d’éducation populaire, doit aussi permettre aux citoyens de participer, de façon “éclairée” et de manière démocratique, à façonner le monde dans lequel ils vivent.
On l’a dit ci-dessus, la cohésion sociale implique une démocratie participative, et vice-versa. Le Conseil de l’Europe considère, dans ses indicateurs de cohésion sociale, que la présence d’organisations de l’économie solidaire est un des facteurs qui témoignent d’une démocratie participative renforcée.
Les organisations de l’économie solidaire, de par leur ancrage local et leur fonctionnement multipartenarial, sont des catalyseurs de la démocratie participative. Le même Conseil de l’Europe, estime qu’il faut “rechercher de nouvelles voies visant à renforcer l’esprit de citoyenneté et à promouvoir une culture de participation démocratique partagée par les collectivités et les autorités locales” et qu’il faut “reconnaître et mettre en valeur le rôle des associations et des groupes de citoyens en tant que partenaires essentiels du développement et de l’entretien d’une culture de participation, et en tant que force d’entraînement pour la pratique de la participation démocratique”. (5) Autrement dit, “la démocratie ne se limite pas à l’exercice du droit de suffrage. (…) Il est, par conséquent, indispensable de développer une culture de dialogue entre l’administration, les politiciens, les citoyens, les groupements sociaux, les associations, les représentants de l’économie et autres acteurs”. (6) “La démocratie participative est non seulement un idéal politique moderne, mais aussi un modèle performant. Plus les citoyens sont en capacité de s’exprimer et de délibérer sur le devenir de la cité, plus une communauté est en capacité d’agir pour ces fins. Plus un régime politique prend en compte les attentes de ses membres, plus il est efficace. La participation n’est ni l’autre de la représentation, ni son simple supplément d’âme, mais la force exigeante qui anime de son imagination créatrice la démocratie. (…) La participation constitue la modalité la plus efficace pour l’intégration de tous ceux qui forment la communauté politique. La reconnaissance de la voix de chacun est le premier élément de la solidarité qui permet à la communauté d’agir ensuite efficacement pour le bien de tous. C’est le premier moyen de prendre en compte ces voix citoyennes, ce qui manifestement ne passe pas par le seul droit de vote. Ce n’est pas l’utopie d’une démocratie directe, ni celle d’une société sans conflits, mais l’utopie d’une communauté qui n’abandonne pas son autonomie entre les mains de ceux qu’elle désigne pour les représenter.” (7)
La composition des organes de gestion des associations d’intérêt collectif reflète parfaitement cette vision de la démocratie: il ne s’agit pas uniquement d’élire des représentants qui parlent au nom de la population, mais de donner ce pouvoir aux citoyens qui s’impliquent sur une base volontariste dans les décisions qui portent sur leur avenir et qui deviennent de la sorte des choix de société.
La démocratie participative n’est pas un remède à une quelconque “crise du politique”, ni un palliatif aux dysfonctionnements de nos démocraties qui évoluent dans un monde globalisé, mais un mode de fonctionnement en soi.
L’association d’intérêt collectif (aic) constitue un pas vers la reconnaissance de ce mode de fonctionnement, de l’économie solidaire, de la démocratie participative et de la cohésion sociale “active” au Luxembourg. D’autres pays ont trouvé d’autres solutions adaptées à leurs besoins, à leur situation sociopolitique (Coopératives sociales italiennes et espagnoles, Sociétés coopératives d’intérêt collectif en France, Sociétés à finalité sociale en Belgique et au Portugal, la “community interest company” au Royaume-Uni etc.).
La définition proposée pour le modèle luxembourgeois:
“L’association d’intérêt collectif est celle qui se livre à la production ou la fourniture de biens et de services d’intérêt collectif qui présentent un caractère d’utilité générale et qui n’est pas vouée à l’enrichissement de ses associés. L’association d’intérêt collectif est celle qui: 1° agit dans la promotion du développement local et/ou régional; 2° respecte les principes inhérents au concept du développement durable; 3° œuvre dans un but de cohésion sociale et de citoyenneté; 4° emploie des méthodes de démocratie participative et de cogestion; 5° lorsque ses activités lui permettent l’engagement de salariés: a) crée des emplois durables dans le cadre du droit du travail commun et dans le cadre d’une politique active pour l’emploi et la lutte contre le chômage telle que prévue par les instruments législatifs en vigueur, b) promeut la formation et/ou l’apprentissage tout au long de la vie, c) promeut l’égalité des chances, d) met en œuvre une stratégie offensive de bien-être au travail. Les associés d’une association d’intérêt collectif peuvent être des personnes physiques ou morales, de droit privé ou public. (…)”.
Les aic regroupent toutes les parties prenantes autour d’un objectif commun, qu’il a fallu définir pour donner une consistance et une définition à l’entreprise d’économie solidaire. Certes, la flexibilité d’une communauté autogérée ne s’y retrouve pas entièrement, un cadre légal ayant toujours une certaine rigidité inhérente. C’est un compromis pragmatique.
Le mode de cogestion des aic et la nécessaire transparence financière posent un cadre formel acceptable pour les parties prenantes, mais aussi pour les pouvoirs publics et les entreprises marchandes. Il s’agit d’éviter un rejet en bloc par le législateur, mais aussi d’éviter toute insinuation de concurrence déloyale et toute instrumentalisation de ce nouveau statut par des entreprises qui, pour des raisons de marketing, s’approprient les notions de développement durable, RSE, solidarité, commerce équitable etc.
Il s’agit bien ici de trouver une manière de démocratiser l’économie en la réencastrant dans la société et non de légitimer des activités commerciales à qui on apposerait un label solidaire. Ces espaces alternatifs de satisfaction des besoins sont ouverts à tous ceux qui ne veulent pas marchander en leur sein.
(1) Augusto Boal, cité par Vincent de Gaulejac, La société malade de la gestion, Paris, Seuil, 2005, p. 253.
(2) Statec, Rapport travail et Cohésion sociale, Cahiers économiques n°99, p. 43; Statec, Rapport travail et Cohésion sociale, Présentation Powerpoint du 17 octobre .2007, p. 19.
(3) Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l’Europe in Alternatives Economiques, Hors-série pratique n°19, mai 2005, p. 15.
(4) Plan national pour l’innovation et le plein emploi, Programme national de réforme du grand-duché de Luxembourg 2005, Rapport du grand-duché de Luxembourg à l’Union Européenne. LDI 17, alinéa 4.
(5) Comité des Ministres, Recommandation Rec (2001)19 aux Etats membres sur la participation des citoyens à la vie publique au niveau local adoptée le 6 décembre 2001, Annexe I, Principes essentiels d’une politique de participation démocratique au niveau local, points 2 et 12
(6) Conseil de l’Europe, Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, Avis 15 (2001) sur l’avant-projet de recommandation du Comité des Ministres aux Etats membres du Conseil de l’Europe relative à la participation des citoyens à la vie publique au niveau local, point 11.
(7) Antoine Bevort, Pour une démocratie participative, Paris, Presses de Science po, Coll. La bibliothèque du citoyen, 2002, pp.16 et 17.
Article modifié le mercredi 11 août 2010, 11:51




those kinds of informations are so valuable ,keep updating us with news
Pretty impressive,quite unique blog you got in here great layout for sure
This iS quite wonderful Blog post,perfect for what i was looking for