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Ca se passe comme ça…dans la cour des grands

Non, je ne l’ai pas tué. Arrê­tez de tout me met­tre sur le dos. Voyez les cho­ses en face. L’Europe, c’est qui, c’est quoi? Soyez réa­lis­tes, il y a 2 sor­tes d’Euro­péens: nous, et les autres. Nous, évi­dem­ment, c’est la France et l’Alle­ma­gne. Les autres, ben c’est les 25 autres.

Rien ne se fait, rien ne se décide sans nous. Met­tez-vous bien cela dans le crâne! Les cadors, c’est nous.145 mil­lions d’habi­tants et plus de 33% de la richesse totale de l’Union entre nos mains, voilà ce qu’on pèse. Donc, res­pect.

Avec les Alle­mands, depuis plus de 800 ans, on n’a pas arrêté de se faire la guerre, et à cha­que fois, on a réussi à fou­tre le feu à l’Europe entière; donc, encore une fois, res­pect. Vous ne croyez quand même pas qu’un jour on va pren­dre le ris­que de faire élire le pré­si­dent de l’Union euro­péenne? Vous déli­rez! Pour quoi faire?

Pour les sujets impor­tants, on se réu­nit à deux, his­toire de trou­ver un accord qui tienne d’abord compte de nos inté­rêts res­pec­tifs, et après, on fait pres­sion sur les autres. Le con­trat léo­nin, on appelle ça. Je m’y con­nais, je suis avo­cat péna­liste de for­ma­tion. Vous avez déjà vu les mâles domi­nants se ser­vir en der­nier? Non, ben alors.

Dans une élec­tion, on ne maî­trise jamais vrai­ment tout. Impos­si­ble pour nous, dans notre posi­tion, de lais­ser la moin­dre part d’incer­ti­tude. Parce que nous on joue en Cham­pions Lea­gue. Ne l’oubliez pas. Sans nous, les autres, les 25 autres là, la Coupe Inter­toto, au mieux.

Pour en reve­nir à cette mal­heu­reuse his­toire…Au départ, on était d’accord pour le mec, là, le Luxem­bour­geois, le Jun­cker. Il avait le pro­fil. Point barre. Main­te­nant, je lis, que c’est lié à l’affaire Clears­tream, à ces his­toi­res de para­dis fis­caux. Mais tout ça: du flan, de l’esbroufe, de la com, uni­que­ment de la com pour mes sujets. Un truc interne. Rien à voir. Dans ma situa­tion, je ne peux pas dire qu’on en a besoin des para­dis fis­caux. En plus, dans le genre para­dis fis­cal, suf­fit de res­ter en France. Avec mon bou­clier fis­cal, je pro­tège encore mieux les riches que les Luxem­bour­geois, donc…

Je l’aime bien, moi, le Jun­cker, il est com­pé­tent, par­fois drôle, il con­nait bien le bazar euro­péen, il en est appré­cié, bos­seur, démo­crate chré­tien, tout pour plaire, fran­che­ment, le can­di­dat rêvé. Quand Angela me l’a pro­posé, pas de pro­blème, ok pour moi.

Sauf que, avec Carla, ma Car­lotta! Quel canon! Vous ne trou­vez pas? La classe totale. Le chef d’état avec la plus belle nana de la pla­nète, c’est moi. Ca matte, dans les récep­tions offi­ciel­les, croyez-moi ! Du coup, les con­trats, j’en signe à mort. Eh oui, les chefs d’état, c’est aussi des mecs.

Donc, je ren­tre chez moi, dans mon palais, et comme tous les cou­ples du monde, on com­mence à dis­cu­ter de notre jour­née. Car­lotta me demande, si cela s’est bien passé avec Angela, nickel, et je lui raconte pour le futur pré­si­dent de l’Union. Et là, elle me sort: - Jun­cker? Mais mon amou­reux, l’année der­nière, en octo­bre, quand tu sau­vais le monde, il a refusé de réu­nir le con­seil des chefs d’états de l’Euro­groupe! Tu te rap­pel­les plus? Ce soir-là, j’ai dû te don­ner 3 cachets de rita­line.

La suite, vous la con­nais­sez, Van Machin, le Belge là, vient d’être offi­ciel­le­ment dési­gné pré­si­dent de l’Union. Les Amé­ri­cains, les Rus­ses, les Chi­nois seront con­tents, ils auront enfin un numéro de télé­phone, en cas d’urgence, et un seul. Comme stan­dar­diste, ça devrait le faire.

Nic Sarky Roi de France


PS: Bien sûr, il ne s’agit que d’une fable, une fable cyni­que, mais mal­heu­reu­se­ment moins cyni­que que la réa­lité. Six mois, après les élec­tions euro­péen­nes mar­quées par une abs­ten­tion record, nos chefs d’états, pour le pre­mier pré­si­dent de l’union, n’ont rien trouvé de mieux que de bap­ti­ser celui-ci, sous le sceau du mar­chan­dage, des com­plots de cou­loirs, et autres joyeu­se­tés. Le tout dans l’opa­cité la plus totale. Bravo, con­ti­nuez, vous êtes sur la bonne voie, celle du mort né.

Auteur: Bernard Horschler

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