L’économie solidaire n’est pas un garde-fou social
Publié le jeudi 24 septembre 2009, 16:39 - Luxembourg - Lien permanent
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Réponse à l’article intitulé « En rouge et vert » paru dans le WOXX du 18.9.09
Le texte intitulé « En rouge et vert » paru dans le WOXX du 18 septembre dernier et qui fait référence à notre interview avec Romain Schneider, ministre délégué à l’économie solidaire, montre bien à quel point les préjugés sociaux et économiques demeurent tenaces. Ceci étant, il a le mérite de soulever des points de débat importants. Notre réponse se veut ainsi constructive et n’a d’autre but que, mis à part celui de convaincre nos lecteurs, la saine controverse à une époque où la libre pensée est quelque peu mise à mal.
L’expression de « green new deal » est séduisante en ce qu’elle renvoie à la politique de relance économique après la crise de 1929, et si en plus la solution à la crise multi-facettes que nous subissons devait faire la part belle à l’écologie, personnellement j’y souscrirais des deux mains. Mais ne péchons pas par excès d’optimisme. Le « win-win » de l’auteur n’est rien d’autre que le fameux garde-fou public de l’Etat providence déchu censé préserver le système capitaliste qui, et ceci fait de plus en plus consensus, porte en lui les germes des crises systémiques passées et à venir. L’économie solidaire n’est pas un de ces dispositifs garde-fou. Elle propose de réelles alternatives viables et transversales en ce qu’elle considère les questions économiques, sociales, et écologiques dans un système de démocratie inaliénable.
Nous pensons donc que la reconnaissance du tiers secteur est nécessaire. Nous le considérons comme un espace de réforme du paradigme qui instaure la « toute légitimité » de l’économie privée à laquelle on adosse le secteur public dont les fondements servent en grande partie à corroborer cette même légitimité. Mais qu’on ne fasse pas à l’économie solidaire le procès de la liberté ! Elle ne met pas en cause le libéralisme originel ; j’entends ici les principes de liberté et d’expression de l’individu qui sont parmi les bases de la démocratie moderne. Mais elle critique le libéralisme économique, dont il n’est pas besoin de revenir ici sur ses méfaits multiples y compris au niveau de l’écologie.
Ceci étant, j’aimerais convaincre M. Klein que l’expression « utilité public » n’est pas un gros mot, et surtout que faire de l’utilité sociale ne saurait demeurer la chasse gardée de ceux qui prônent depuis bien trop longtemps l’action par la charité, que celle-ci soit publique ou privée. Le problème des demandeurs d’emploi peu qualifiés est avant tout sociétal et économique, le problème « social » en étant la conséquence. Faire du social d’Etat, le fameux garde-fou, revient à traiter les symptômes et non la maladie. Il nous faut ainsi désenclaver les ressorts du travail et de l’économie, ce que le nouveau gouvernement vient de faire en créant le ressort de l’économie solidaire.
On l’aura compris, l’économie solidaire est bien plus que du « pragmatisme » de terrain. La recherche, foisonnante depuis longtemps, s’organise, des entreprises sous des formes statutaires diverses créent de la richesse redistribuée, la classe politique en prend conscience. Le phénomène est mondialisé.
Mais pour revenir au Luxembourg, nous pensons que la question dite de la « concurrence déloyale » sera dépassée tôt ou tard. La vraie question n’est-elle pas celle de la légitimité des entreprises d’économie solidaire à travailler librement. Mis à part des certitudes théoriques de la science économique, qui comme tout postulat scientifique sont parfaitement réfutables et réformables, rien ne justifie l’argument de la concurrence déloyale. L’économie solidaire les questionne et leur en oppose d’autres. L’exemple de l’entretien des autoroutes, qui n’a pas de portée théorique, j’en conviens, est tout de même intéressant à cet égard. OPE se bat depuis des années pour introduire dans ces marchés des critères de développement durable, de qualité au travail, de formation et de sensibilisation du grand public. Les « boulots de merde » ne sont pas une fatalité et la solution passe également par le prix que la société devrait accepter collectivement pour pallier à ce que l’auteur nomme le « workfare ». Autre exemple, celui de l’externalisation des tâches et en partie de leur coût par les communes. De notre point de vue, c’est au contraire la preuve qu’une coopération entre secteur publique et 3e espace économique est possible. Elle enrichit les territoires par le partenariat entre mandats politiques et acteurs économiques, permet d’inventer des processus de construction économique et sociale partagée. La démarche est innovante et peut, à ce titre, heurter les schémas de pensée.
Mais il s’agit au bout du compte d’une question de perception de la réalité et des besoins collectifs. Gageons que le ressort de l’économie solidaire contribuera à libérer le débat. Notre société en a besoin.
Abilio Machado
Article modifié le mardi 29 novembre 2011, 08:27




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