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Taxe Tobin : la grande oubliée ?

1972. Belgique. Championnat d’Europe de football. L’Allemagne atomise la future défunte URSS en finale. Le football est un jeu, qui se joue à 11, et où les Allemands gagnent toujours...

Brejnev et Nixon signent les premiers accords SALT 1 sur le désarmement. L’Amérique est toujours enlisée au Vietnam ; le terrorisme s’invite aux JO de Munich.
Un enfant, prénommé Zinedine, voit le jour à Marseille. <Tu seras footballeur, fils>... 1972, toujours. Université de Princeton (N/J ; USA), un professeur d’économie répondant au nom de Tobin ; James de son prénom, professe qu’’économie doit rimer avec espoir. Il invite ses étudiants à consacrer leur énergie, leurs passions et leur intelligence à trouver les moyens de réduire les inégalités, dans les pays, et entre les pays.
Mettant en accord paroles et actes ; en cette année 1972, il préconise la création d’une taxe (0,1%) sur les transferts financiers. Histoire de prévenir une déconnection entre économie réelle et économie financière, de garantir aux états les moyens d’une véritable autonomie en politique économique, tout en dégageant des ressources nouvelles pour l’aide au développement.
En 1972, les flux financiers quotidiens se montent à 7 milliards de dollars/jour. Les financiers poussent des cris de vierge effarouchée. Taxer les flux financiers !!! Inconcevable, irréaliste, délirant.
Pourtant, à chaque remous financier, (1993, 1994, 1995) l’idée refait surface.
En 1995, un groupe d’économistes, et non des moindres, (Peter Kenen de Princeton, Jeffrey Frankel et Barry Eichengreen de Berkeley) entreprennent donc d’étudier cette fameuse taxe Tobin ; histoire de vérifier, si c’est effectivement un délire de prix Nobel (Tobin, Nobel d’économie en 1981), ou une alternative crédible.
Surprise, mis à part quelques réserves marginales, les experts valident le fait que cette taxation permettrait effectivement de stabiliser les flux financiers, de doter les gouvernements d’une plus grande autonomie en politique économique, tout en créant des revenus substantiels à l’échelle de la planète. En 2004, le montant quotidien échangé sur le marché des changes était de 2718 milliards de dollars…. Un petit 0,1% correspond à 2,71 milliards/jour ; à mettre en perspective avec les 80 milliards annuels d’aide au développement...
Autant dire qu’avec ce petit 0,1%, l’aide au développement aurait une autre envergure. Mais, malgré certains soutiens politiques passés (Delors, Boutros Boutros Ghali, Mitterrand), cette théorie a un gros défaut. Elle n’est pas politiquement correcte. Eh oui. Suffit pas d’être intelligent, pertinent. Encore faut-il être conforme à l’idéologie dominante (néo-libérale). Donc, pressions, campagnes de dénigrement, mépris, dédain, morgue, furent les réponses. Maintenant que l’idéologie néo libérale vient de faire naufrage, il serait logique, je n’ose prononcer le mot intelligent, de voir le sujet enfin atterrir sur un ordre du jour du G8...
Rien n’est moins sûr. Force est de constater qu’à l’heure actuelle, mis à part les mouvements altermondialistes, personne ne semble vouloir la ressortir du placard, cette fameuse taxe Tobin. Il est vrai, que derrière les déclarations de bonnes intentions de la planète finance, le bizness continue. Et le dit bizness, tout comme un joueur addicte, a d’abord un besoin urgent de se refaire... Pour se refaire, c’est simple, faut juste trouver des truffes qui prêtent, et sûrement pas réfléchir au pourquoi. Pas le temps. D’abord on se refait, après on verra...

En cette année 2009, la récolte de truffe s’annonce exceptionnelle…… Alors, la taxe Tobin a-t-elle un jour des chances d’être mise en place et adoptée. Rien n’est moins sûr, quoique, le foot se joue toujours à 11, mais, heureusement, la Mannschaft ne gagne plus à chaque fois. Les temps changent ?

Article modifié le mardi 29 novembre 2011, 08:25

Auteur: Bernard Horschler

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