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Titanic City

Après Septembre noir, Octobre noir. Décidemment les mois où on peut manger des huitres (mois en re) se sont donnés le chic pour rentrer dans l’histoire...

Dans la city de Londres les cravates sont en berne. Les calls girls des golden boys se sont tirées. Le brouillard ambiant tisse un décor d’outre tombe. Tout comme un vieux boxeur sur le retour, qui vient de commettre le match de trop, Samuel M. sait qu’il ne pourra pas encaisser. Il ne pourra pas, comme tous les autres, encaisser le choc qui a résulté du télescopage entre l’iceberg des «subprimes» et le tout puissant insubmersible de la finance internationale. Celui-ci git, maintenant, éventré; laissant échapper ses effluves toxiques, sous les piaillements des hommes politiques de la planète entière…

Une ambiance de fin du monde flotte sur le navire amiral de la city, quand Samuel M, d’un signe de tête, salue le cerbère en charge de filtrer les entrées. Le bâtiment cossu, censé inspirer confiance et puissance n’a pas bougé. Les hôtesses d’accueil du hall, chargées d’aiguiller et de charmer le client, semblent avoir perdu de leur sex appeal. Le cœur n’y est plus.

Premier étage. La salle des marchés. Il n’y a pas si longtemps, pour y pénétrer, certains auraient vendu père et mère… Plusieurs centaines de types (la finance reste majoritairement masculine), la tronche vissée à leurs écrans, transpirent d’angoisse dans un silence de cathédrale. L’époque des vaches grasses est révolue. L’heure est à la trouille.

Dommage, encore un ou deux ans et Samuel M. aurait pu, dû, faire son entrée dans le monde des «prop traders». Les prop traders!!!!

Le nec le plus ultra, les princes de la finance. Aucune règle, si ce n’est celle du profit maximum. Des clics à plusieurs dizaines de millions d’euros. Résultat des courses: 50 à 60 millions d’euros de revenus par an, qui dit mieux? La puissance, le pouvoir absolu était là. Un étage au-dessus. Samuel M. l’avait rêvé, côtoyé, frôlé, mais…

Au même moment, sur une chaîne de télévision, Jean Ziegler, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme de l’ONU, nous rappelle que l’humanité n’a jamais été aussi riche, que l’abondance n’a jamais été aussi présente, mais que 2,7 milliards d’habitants s’efforcent toujours de survivre avec moins de deux dollars par jour…

Est-ce ainsi que les hommes vivent?

Article modifié le mercredi 04 mars 2009, 14:00

Auteur: Bernard Horschler

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